Une des consoeurs de Jacky Minier est Marie-Aude Bourson, lyonnaise férue de littérature et d’écriture qui, en septembre 1999, débute le site littéraire La Grenouille Bleue. «L’objectif est de faire connaître de jeunes auteurs francophones, pour la plupart amateurs, raconte-t-elle en décembre 2000. Chaque semaine, une nouvelle complète est envoyée par e-mail aux abonnés de la lettre. Les lecteurs ont ensuite la possibilité de donner leurs impressions sur un forum dédié. Egalement, des jeux d’écriture ainsi qu’un atelier permettent aux auteurs de "s’entraîner" ou découvrir l’écriture. Un annuaire recense les sites littéraires. Un agenda permet de connaître les différentes manifestations littéraires.» En décembre 2000, elle doit fermer le site pour un problème de marque. En janvier 2001, elle ouvre un deuxième site, Gloupsy.com, géré selon le même principe, «mais avec plus de "services" pour les jeunes auteurs, le but étant de mettre en place une véritable plateforme pour "lancer" les auteurs» et fonder peut-être ensuite «une véritable maison d’édition avec impression papier des auteurs découverts». Gloupsy.com cesse ses activités en mars 2003, date de la fin du contrat d’hébergement du site.
= Auto-édition
L’internet permet de renforcer les relations entre les auteurs et les lecteurs. Si les éditeurs ne peuvent vivre sans les auteurs, les auteurs peuvent enfin vivre sans les éditeurs. Un site web leur permet de promouvoir leurs oeuvres sans intermédiaire. Le courriel leur permet de discuter avec leurs lecteurs. En définitive, les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
L’auto-édition est la solution choisie par Anne-Bénédicte Joly, romancière, qui crée un site web en avril 2000 pour diffuser ses oeuvres. En juin 2000, elle raconte: «Après avoir rencontré de nombreuses fins de non-recevoir auprès des maisons d’édition et ne souhaitant pas opter pour des éditions à compte d’auteur, j’ai choisi, parce que l’on écrit avant tout pour être lu (!), d’avoir recours à l’auto-édition. Je suis donc un écrivain-éditeur et j’assume l’intégralité des étapes de la chaîne littéraire, depuis l’écriture jusqu’à la commercialisation, en passant par la saisie, la mise en page, l’impression, le dépôt légal et la diffusion de mes livres. Mes livres sont en règle générale édités à 250 exemplaires et je parviens systématiquement à couvrir mes frais fixes. Je pense qu’internet est avant tout un média plus rapide et plus universel que d’autres, mais je suis convaincue que le livre "papier" a encore, pour des lecteurs amoureux de l’objet livre, de beaux jours devant lui. Je pense que la problématique réside davantage dans la qualité de certains éditeurs, pour ne pas dire la frilosité, devant les coûts liés à la fabrication d’un livre, qui préfèrent éditer des livres "vendeurs" plutôt que de décider de prendre le risque avec certains écrits ou certains auteurs moins connus ou inconnus (…). Si l’internet et le livre électronique ne remplaceront pas le support livre, je reste convaincue que disposer d’un tel réseau de communication est un avantage pour des auteurs moins (ou pas) connus.»
Jean-Paul, auteur hypermédia, relate en août 1999 : «L’internet va me permettre de me passer des intermédiaires : compagnies de disques, éditeurs, distributeurs… Il va surtout me permettre de formaliser ce que j’ai dans la tête (et ailleurs) et dont l’imprimé (la micro-édition, en fait) ne me permettait de donner qu’une approximation. Puis les intermédiaires prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l’herbe est plus verte…»
Il est possible que l’auto-édition soit promise à un bel avenir. Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, une chronique hebdomadaire des actualités de l’internet, écrit en août 2000 : «J’ai une théorie des forces qui animent et modifient la société, et qui se résume à classer les phénomènes en tendances fortes, courants porteurs et signaux faibles. Le livre électronique (appelé ici livre numérique, ndlr) ne répond pas encore aux critères de tendance forte. On perçoit des signaux faibles qui pourraient annoncer un courant porteur, mais on n’y est pas encore. Cependant, si et quand on y sera, ce sera un atout important pour les personnes qui souhaiteront s’auto-éditer, et le phénomène pourrait bouleverser le monde de l’édition traditionnelle.»
Mais comment trier le bon grain de l’ivraie? Philippe Renaut, gérant des éditions du Presse-Temps, croit à la nécessité d’un tamis éditorial. Il explique en février 2003: «C’est plutôt par la conjonction de ces deux éléments essentiels - vecteur de communication d’un contenu travaillé éditorialement – que l’on peut définir le livre par opposition à la mise en ligne ou mise à disposition massive de textes sans un regard ou une labellisation professionnels. En effet sans pouvoir assurer que magiquement l’oeil d’un éditeur permet de déceler le mauvais du bon, il reste néanmoins l’instrument par lequel un lecteur peut tenter de trier dans la production désormais pléthorique de livres. Parfois des ouvrages de qualité se retrouveront malheureusement auto-édités pour n’avoir su être décelés, et d’autres médiocres se retrouveront édités envers et contre tout, mais cela ne change rien au processus de base qui veut que le tamis éditorial joue son rôle et aide le public dans ses choix (il suffit de considérer le niveau moyen des manuscrits reçus par une maison d’édition pour s’en convaincre!). De la même manière, un surfeur sur le web va utiliser ses annuaires préférés pour identifier les sites qui lui sembleront les plus adaptés, seuls outils permettant encore un tri dans la masse désordonnée et titanesque d’informations qui lui est accessible.»
6.2. Editeurs en ligne scientifiques
Des éditeurs scientifiques et universitaires décident d’utiliser l'outil de diffusion qu’est le web pour mettre des livres, des articles et des cours à la disposition de tous en privilégiant la diffusion libre du savoir. C'est le cas par exemple du Net des études françaises (NEF), de la Public Library of Science (PLoS) ou du MIT (Massachusetts Institute of Technology). Des éditeurs commerciaux décident quant à eux de mettre le texte intégral de certains livres en accès libre sur le web, sans entraîner une baisse des ventes de la version imprimée, au contraire, puisque ces livres voient leurs ventes augmenter.
= Net des études françaises