Ce nom ABU est aussi une référence à Aboulafia, petit ordinateur présent dans Le pendule de Foucault, un roman d’Umberto Ecco dans lequel «s’entremêlent savoirs anciens et high tech», et dont l’intrigue se situe justement au CNAM. Quant au nom de l’association, «au départ, il s’agissait de biblioFiles universels, et non de biblioPHiles, mais la préfecture de Paris n’a pas semblé saisir tout le sel de ce néologisme», explique l’ABU sur son site.
Dans la FAQ (foire aux questions) présente sur le site, l’ABU donne les neuf conseils suivants aux volontaires souhaitant scanner ou saisir des textes: 1) pas de mise en page, mais un texte en continu avec des lignes d’environ 70 caractères et des sauts de ligne; 2) des sauts de ligne avant chaque paragraphe, y compris pour les dialogues; 3) la transcription du tiret long accompagnant les dialogues par deux petits tirets; 4) des majuscules pour les titres, noms de chapitres et sections, avec un soulignement fait de petits tirets; 5) la transcription des mots en italique par des blancs soulignés; 6) pas de tabulation, mais des blancs; 7) les notes de l’auteur mises entre crochets dans le corps du texte; 8) la pagination de l’édition originale entre crochets (facultatif); 9) l’encodage final en ISO-Latin-1, qui est une extension de l’ASCII.
Créée en 1994 et hébergée sur le site de l’Université de Genève, Athena est l’oeuvre de Pierre Perroud, qui y consacre trente heures par semaine, en plus de son activité de professeur au collège Voltaire (Genève). Pierre-Louis Chantre, journaliste, raconte dans L’Hebdo n° 7 du 13 février 1997: «Il numérise des livres, met en page des textes que des correspondants inconnus lui envoient, crée des liens électroniques avec des livres disponibles ailleurs, tout en essayant de répondre le mieux possible aux centaines de lettres électroniques qu’il reçoit (mille personnes consultent Athena chaque jour). Un travail artisanal qu’il accomplit seul, sans grande rémunération. Malgré des demandes répétées, le Département de l’instruction publique de Genève ne lui paie que deux heures par semaine.»
En 1997, le site bilingue français-anglais donne accès à 3.500 textes électroniques dans des domaines aussi variés que la philosophie, les sciences, la période classique, la littérature, l’histoire, l’économie, etc. En décembre 1998, les collections comprennent 8.000 textes. Un des objectifs d’Athena est de mettre en ligne des textes français. Une section spécifique (Swiss Authors and Texts) regroupe les auteurs et textes suisses. On y trouve aussi un répertoire mondial des ressources littéraires en ligne (Athena Literature Resources). Par ailleurs, Athena propose une table de minéralogie qui est l’oeuvre de Pierre Perroud et qui est consultée dans le monde entier.
Dans un article publié en février 1997 dans la revue Informatique-Informations, Pierre Perroud insiste sur la complémentarité du texte électronique et du livre imprimé. Selon lui, «les textes électroniques représentent un encouragement à la lecture et une participation conviviale à la diffusion de la culture», notamment pour l’étude et la recherche textuelle. Ces textes «sont un bon complément du livre imprimé - celui-ci restant irremplaçable lorsqu’il s’agit de lire». S’il est persuadé de l’utilité du texte électronique, le livre imprimé reste «un compagnon mystérieusement sacré vers lequel convergent de profonds symboles: on le serre dans la main, on le porte contre soi, on le regarde avec admiration; sa petitesse nous rassure autant que son contenu nous impressionne; sa fragilité renferme une densité qui nous fascine; comme l’homme il craint l’eau et le feu, mais il a le pouvoir de mettre la pensée de celui-là à l’abri du Temps.»
= Bibliothèque électronique de Lisieux
En juin 1996 apparaît la Bibliothèque électronique de Lisieux, créée à l’initiative d’Olivier Bogros, directeur de la Bibliothèque municipale de Lisieux, en Normandie. Dès ses débuts, cette réalisation suscite l’intérêt de la communauté francophone parce qu’elle montre ce qui est faisable sur l’internet avec beaucoup de détermination et des moyens limités. Le site propose chaque mois la version intégrale d’une oeuvre littéraire du domaine public. S’y ajoutent les archives des mois précédents, une sélection d’oeuvres courtes du 19e siècle, une sélection du fonds documentaire de la bibliothèque (opuscules, brochures, tirés à part), une sélection de son fonds normand (brochures et bibliographies), et enfin un choix de sites normands et de sites littéraires francophones.
En juin 1998, Olivier Bogros enregistre le nom de domaine bmlisieux.com et déménage l’ensemble sur un nouveau serveur. A la même date, il relate: «Le site a été ouvert en juin 1996. Hébergé sur les pages personnelles, limitées à 5 mégaoctets, de mon compte CompuServe, il est depuis quelques jours installé sur un nouveau serveur où il dispose d’un espace disque plus important (15 mégaoctets) et surtout d’un nom de domaine. Les frais inhérents à l’entretien du site sont à ma charge, la ville finance de manière indirecte le site en acceptant que tous les textes soient choisis, saisis et relus par du personnel municipal sur le temps de travail (ma secrétaire pour la saisie et une collègue pour la relecture). Ce statut étrange et original fait de la Bibliothèque électronique de Lisieux le site presque officiel de la Bibliothèque municipale, tout en restant sous mon entière responsabilité, sans contrôle ni contrainte.
J’ai déjà rapporté dans un article paru dans le Bulletin des bibliothèques de France (1997, n° 3, ndlr) ainsi que dans le Bulletin de l’ABF (Association des bibliothécaires français) (n° 174, 1997, ndlr), comment l’envie de créer une bibliothèque virtuelle avait rapidement fait son chemin depuis ma découverte de l’informatique en 1994: création d’un bulletin électronique d’informations bibliographiques locales (Les Affiches de Lisieux) en 1994 dont la diffusion locale ne rencontre qu’un très faible écho, puis en 1995 début de la numérisation de nos collections de cartes postales en vue de constituer une photothèque numérique, saisie de nouvelles d’auteurs d’origine normande courant 1995 en imitation (modeste) du projet de l’ABU (Association des bibliophiles universels) avec diffusion sur un BBS spécialisé.
L’idée du site internet vient d’Hervé Le Crosnier, enseignant à l’Université de Caen et modérateur de la liste de diffusion Biblio-fr, qui monta sur le serveur de l’université la maquette d’un site possible pour la Bibliothèque municipale de Lisieux, afin que je puisse en faire la démonstration à mes élus. La suite logique en a été le vote au budget primitif de 1996 d’un crédit pour l’ouverture d’une petite salle multimédia avec accès public au réseau pour les Lexoviens (habitants de Lisieux, ndlr). Depuis cette date un crédit d’entretien pour la mise à niveau des matériels informatiques est alloué au budget de la bibliothèque qui permettra cette année la montée en puissance des machines, l’achat d’un graveur de cédéroms et la mise à disposition d’une machine bureautique pour les lecteurs de l’établissement…. ainsi que la création en ce début d’année d’un emploi jeune pour le développement des nouvelles technologies.»