De son côté, l’association Recording For the Blind & Dyslexic (RFB&D) enregistre 4.000 titres par an avec l’aide de 5.000 volontaires officiant dans 32 studios d’enregistrement répartis dans tout le pays. Elle est la plus grande association de ce type aux Etats-Unis. En 2002, la RFB&D débute la numérisation de ses collections au format DAISY. 6.000 livres audionumériques sont disponibles sur CD-Rom en septembre 2002, et 37.500 livres cinq ans plus tard, en septembre 2007.
Les transcriptions en braille peuvent être rapides quand existent à la fois la motivation et les moyens. Le quatrième volet de la série best-seller de Joanne K. Rowling, Harry Potter and the Goblet of Fire, est publié par la National Braille Press (NBP) en juillet 2000, vingt jours seulement après sa sortie en librairie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Si les 734 pages du livre «standard» publié par Scholastic donnent 1.184 pages en braille, le prix du livre braille n’est pas plus élevé, souligne la NBP. Ce court délai est dû à deux facteurs. D’une part, Scholastic fournit le fichier électronique, une initiative dont d’autres éditeurs feraient bien de s’inspirer. D’autre part, les 31 membres de l’équipe de la NBP travaillent sans relâche pendant quinze jours. Comme pour les autres titres de la NBP, le livre est également disponible au format PortaBook, à savoir un fichier en braille informatique abrégé stocké sur disquette, pour lecture sur un lecteur braille portable ou au moyen d’un logiciel braille. Sept ans plus tard, en juillet 2007, le septième et dernier opus de la série, Harry Potter and the Deathly Hallows, est disponible chez Bookshare.org 4 heures et 20 minutes après la parution officielle le 21 juillet à minuit et une minute, le temps de scanner le livre et de mettre en forme les fichiers numériques.
Dans de nombreux pays, malgré l’existence d’un matériel informatique adapté, l’édition braille reste encore confidentielle sinon clandestine, le problème des droits d’auteur sur les transcriptions n’étant pas résolu. Les livres en gros caractères et sur cassettes sont eux aussi peu nombreux par rapport aux milliers de titres paraissant chaque année, malgré les efforts dispensés par les éditeurs spécialisés et les organismes bénévoles.
Directeur de la communication de l’association Handicapzéro, Patrice Cailleaud explique en janvier 2001 que, si le livre numérique est «une nouvelle solution complémentaire aux problèmes des personnes aveugles et malvoyantes, (…) les droits et autorisations d’auteurs demeurent des freins pour l’adaptation en braille ou caractères agrandis d’ouvrage. Les démarches sont saupoudrées, longues et n’aboutissent que trop rarement.» D’où la nécessité impérieuse de lois nationales et d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes atteintes de déficience visuelle.
Richard Chotin, professeur à l’Ecole supérieure des affaires (ESA) de Lille, relate en mai 2001: «Ma fille vient d’obtenir la deuxième place à l’agrégation de lettres modernes. Un de ses amis a obtenu la maîtrise de conférence en droit et un autre a soutenu sa thèse de doctorat en droit également. Outre l’aspect performance, cela prouve au moins que, si les aveugles étaient réellement aidés (tous les aveugles n’ont évidemment pas la chance d’avoir un père qui peut passer du temps et consacrer de l’argent) par des méthodes plus actives dans la lecture des documents (obligation d’obtenir en braille ce qui existe en "voyant" notamment), le handicap pourrait presque disparaître.»
Entérinée à la même date, la directive 2001/29/CE de la Commission européenne sur «l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information» - plus simplement appelée directive EUCD (European Union Copyright Directive) - insiste dans son article 43 sur la nécessité pour les Etats membres d’adopter «toutes les mesures qui conviennent pour favoriser l’accès aux oeuvres pour les personnes souffrant d’un handicap qui les empêche d’utiliser les oeuvres elles-mêmes, en tenant plus particulièrement compte des formats accessibles». C'est chose faite les années suivantes. En France par exemple, la loi du 1er août 2006 sur le droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information - plus simplement appelée loi DADVSI - prévoit l'exception au droit d'auteur en faveur des personnes handicapées, exception qui permet d'adapter à moindre coût des oeuvres originales en fonction de certains handicaps pour offrir des version numériques, des versions audio, etc.
En partenariat avec plusieurs organismes (associations, établissements d’enseignement spécialisé, éditeurs), l'association BrailleNet - fondée en 1997 par Dominique Burger - crée en novembre 2001 le serveur Hélène pour l'édition adaptée, afin de proposer en accès restreint des livres numériques permettant des impressions en braille ou en gros caractères. Ces livres sont des oeuvres littéraires récentes, des documentations techniques, des ouvrages scientifiques, des manuels scolaires et des supports de cours adaptés, ainsi que des livres du domaine public. Développé en partenariat avec l’INRIA Rhône-Alpes (INRIA: Institut national de recherche en informatique et en automatique) et soutenu par la Direction du livre et de la lecture (Ministère de la culture et de la communication), le serveur comprend 2.700 titres en août 2007, dont 70% de livres sous droits. Les fichiers numériques sont utilisés par 67 centres de transcription spécialisés situés en France et dans la Francophonie.
En parallèle, la Bibliothèque Hélène ouvre en janvier 2006 à l'intention des lecteurs déficients visuels, avec des livres pour la jeunesse, suivis ensuite d'ouvrages de littérature générale. Les collections comptent 1 200 livres, dont la moitié du domaine public. Catherine Desbuquois, gestionnaire de la bibliothèque, explique en août 2007: «Le catalogue de la bibliothèque Hélène progresse au rythme de la bonne volonté des éditeurs, qui commencent à envisager les avantages du droit de prêt numérique, mais c'est un long travail de pédagogie.» L'inscription est gratuite sur présentation d'un certificat médical. A ce stade, la lecture est possible uniquement sur le bloc-notes braille Iris de la société Eurobraille, qui coûte entre 6.595 euros et 11.910 euros selon les modèles (prix d'août 2007), et dont le parc compte 700 unités seulement dans toute l'Europe (en 2006). De ce fait, la bibliothèque touche un public réduit, avec 123 lecteurs actifs et 217 lecteurs inscrits. «L'écart significatif entre le nombre de lecteurs inscrits et le nombre de lecteurs actifs tient au fait que beaucoup de personnes intéressées par la lecture numérique - mais non équipées d'Iris - se sont inscrites dans l'attente de la mise en place du nouveau mode de lecture sécurisé (PDF) auquel travaillent BrailleNet et la société Adobe (France).» (extrait d'un document statistique de BrailleNet) Ce nouveau mode de lecture est sécurisé au moyen d'un certificat numérique individuel déposé sur un eToken, à savoir un système d'authentification sur clé USB. Disponible à l'automne 2007, il permet d'augmenter la fréquentation de la bibliothèque puisqu'une plateforme spécifique n'est plus nécessaire.
= Bookshare.org
Lancé par Benetech en 2002, Bookshare.org est à ce jour la plus grande bibliothèque numérique mondiale destinée aux personnes ayant un problème visuel, et son modèle est envié dans de nombreux pays.