On voit apparaître les premières librairies numériques, à savoir des librairies vendant exclusivement des livres numériques, le plus souvent par téléchargement, et dans plusieurs formats.

Outre le fait qu’il faille une machine pour le lire - mais, après tout, c’est ce qui le caractérise, en attendant le papier électronique de demain - l’obstacle majeur à la diffusion du livre numérique est le faible nombre de titres disponibles. «Le volume de titres disponibles en format de lecture à l’écran est ridicule par rapport aux quelque 600.000 titres existant en français», indique en février 2001 Denis Zwirn, président de la librairie numérique Numilog. Mais, dès cette date, nombre d’éditeurs numérisent - ou font numériser - leurs fonds, à la perspective d’un marché naissant qui devrait connaître une forte expansion dans les prochaines années. Editeurs en ligne et libraires numériques négocient patiemment les droits auprès des éditeurs traditionnels, et ce non sans mal puisque, à tort ou à raison, la profession reste très inquiète des risques de piratage.

Selon Zina Tucsnak, ingénieur d’études en informatique au Laboratoire ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue française), interviewée en novembre 2000, «l’ebook offre une combinaison d’opportunités: la digitalisation et l’internet. Les éditeurs apportent leurs titres à tous les lecteurs du monde. C’est une nouvelle ère de la publication.» Mais, à l'époque, le livre numérique est encore dans l’enfance. Comme l’explique en janvier 2001 Bakayoko Bourahima, documentaliste à l’ENSEA (Ecole nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée) d’Abidjan, «il faut voir par la suite comment il se développera et quelles en seront surtout les incidences sur la production, la diffusion et la consommation du livre. A coup sûr cela va entraîner de profonds bouleversements dans l’industrie du livre, dans les métiers liés au livre, dans l’écriture, dans la lecture, etc.»

Une des incidences sur la diffusion du livre est la vente de celui-ci «en pièces détachées», à savoir un chapitre seul, ou une partie de livre, ou un article à l’unité, ou encore une carte ou un tableau statistique. Ce type de vente débute en 2002, à titre expérimental, par exemple chez Numilog ou encore dans la librairie en ligne de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

Le prix du livre numérique est inférieur d’environ 30% à celui du livre imprimé. Sa commande et sa livraison sont quasi immédiates via l’internet. Quant à sa «taille» et son «poids», ils sont nuls, bien qu’en pareil cas il faille bien sûr prendre en compte la taille et le poids de la machine nécessaire pour le lire. En 2003, un assistant personnel (PDA) de type Pocket PC ou Palm Pilot pesant environ 200 grammes permet d’emporter avec soi une quinzaine de romans de 200 pages. Un ordinateur ultra-portable disposant d’un disque dur de 6 Go (gigaoctets), pesant moins de 1,5 kilo et équipé des logiciels de bureautique standard permet de stocker environ 5.000 livres.

Quelle est la taille d’un fichier de livre numérique, et son temps de téléchargement? En 2003, quelques exemples sont donnés à titre indicatif dans la FAQ de Numilog. Une nouvelle de 50 pages représente un fichier de 150 kilo-octets. Le temps nécessaire à son téléchargement est de 37 secondes avec un modem 56 K (kilobits par seconde) et de 3 à 6 secondes avec une connexion à haut débit (câble ou DSL – digital subscriber line). Un roman de 300 pages représente un fichier de 1 mégaoctet. Son temps de téléchargement est de 4 minutes avec un modem 56 K et de 20 à 40 secondes avec une connexion à haut débit. Un guide pratique de 200 pages incluant des tableaux représente un fichier de 1,5 mégaoctet. Son temps de téléchargement est de 6 minutes avec un modem 56 K et de 30 à 60 secondes avec une connexion à haut débit. Un livre illustré avec des photos représente un fichier de 10 mégaoctets. Son temps de téléchargement est de 41 minutes avec un modem 56 K et de 3 à 6 minutes avec une connexion à haut débit.

Chez les adeptes du livre numérique, l’enthousiasme des années 2000 et 2001 fait place à plus de mesure dans les années qui suivent. On ne parle plus du tout numérique pour le proche avenir, mais plutôt de la publication simultanée d’un même titre en deux versions, imprimée et numérique. Pour mettre en place ce nouveau mode de distribution, la tâche est rude. Il faut constituer les collections, améliorer les logiciels de lecture, rendre le prix des appareils de lecture abordable et, plus difficile encore, habituer le grand public à lire un livre à l’écran.

Alors que, en octobre 2000, l’eBook est l’une des vedettes de la Foire internationale du livre de Francfort, il se fait beaucoup plus modeste les années suivantes. La même remarque vaut pour le Salon du livre de Paris qui, après avoir proposé un Village eBook en mars 2000, puis le premier sommet européen de l’édition numérique – dénommé eBook Europe 2001 – l’année suivante, n’organise pas de grande manifestation spécifique en 2002 et 2003. Il faut attendre le Salon de 2006 pour observer à nouveau un réel engouement, avec une vaste «plateforme numérique» rassemblant des imprimeurs numériques, des sociétés de numérisation d’ouvrages et des fabricants de livres numériques.

Cependant, malgré le pessimisme relatif ayant succédé aux déclarations enthousiastes, le livre numérique poursuit patiemment son chemin. Si sa progression est lente, elle est constante. En 2001, le grand éditeur Random House vend deux fois plus de livres numériques qu’en 2000. Tous éditeurs confondus, les ventes de 2001 se chiffrent par milliers pour le New World College Dictionary de Webster, les ouvrages de fiction de Stephen King et de Lisa Scottolini, les livres d’économie et les manuels pratiques. Palm Digital Media, grande librairie numérique pour assistant personnel (PDA), vend 180.000 livres en 2001, une augmentation de 40% par rapport à l’année précédente. Début 2002, PerfectBound, le service électronique de l’éditeur HarperCollins, propose 10% du catalogue imprimé sous forme numérique. A la même date, Random House décide de publier systématiquement une version imprimée et une version numérique pour ses nouveaux titres.

Conséquence d’un marché en pleine expansion, après avoir été conçus pour une machine spécifique - soit un ordinateur soit un assistant personnel - les principaux logiciels de lecture deviennent polyvalents. Si l’Acrobat Reader est d'abord uniquement disponible sur ordinateur les premières années, Adobe lance un Acrobat Reader pour assistant personnel en 2001, d'abord pour le Palm Pilot (mai 2001), puis pour Pocket PC (décembre 2001). Si, à l’origine, le Mobipocket Reader est destiné à la lecture sur assistant personnel, Mobipocket lance une version pour ordinateur en avril 2002. La même remarque vaut pour le Palm Reader. D'abord destiné au Palm Pilot et au Pocket PC, il s'étend à l'ordinateur en juillet 2002.