[Note 3: Il appartenait autrefois au fameux Duplessis-Mornay, dont on y voyait encore le tombeau. C'était un château assez fort.]

M. de Lescure se rendit au district; il était tellement respecté dans le pays, que les administrateurs furent interdits; ils s'excusèrent de l'avoir arrêté. Ils alléguèrent que l'ordre était donné autant pour sa propre sûreté, qu'à cause des soupçons qu'on pouvait avoir; qu'il ne pouvait se plaindre, puisqu'on ne s'était déterminé à cette mesure que bien après l'arrestation de tous les autres nobles. Mon mari leur parla avec assurance, demanda s'il y avait quelque reproche positif à lui faire, et réclama pour qu'on lui fît son procès s'il y avait lieu. On ne lui dit rien du chevalier de *** ni de M. de La Rochejaquelein: c'étaient là les seuls points sur lesquels il pouvait donner prise.

M. et mademoiselle Desessarts s'étant déguisés en gens de service, ne furent point arrêtés; mon père et ma mère auraient donc pu en faire autant.

CHAPITRE V.

Retraite de l'armée d'Anjou.—Avantage remporté aux Aubiers par M. de
La Rochejaquelein.—L'armée d'Anjou répare ses pertes.—Massacres à
Bressuire.—Les républicains abandonnent la ville.—Arrivée de M. de La
Rochejaquelein à Clisson.

Nous nous établîmes tous les cinq dans deux petites chambres chez l'officier municipal. Il nous recommanda de ne pas nous montrer à la fenêtre, de ne pas descendre; en un mot de nous faire oublier le plus possible. Il est probable que cette précaution nous sauva la vie.

Nous apprîmes que M. Thomassin avait été arrêté quelques jours auparavant, et conduit au château de la Forêt.

Deux jours après, la troupe qui était à Bressuire partit pour aller attaquer les rebelles aux Aubiers. Deux mille cinq cents hommes défilèrent sous nos fenêtres, chantant en cour la Marseillaise pendant que le tambour battait. Je n'ai rien entendu de plus terrible et de plus imposant: ces hommes avaient l'air courageux et animé.

Le lendemain le bruit se répandit qu'on avait battu les brigands, et que M. de La Rochejaquelein était assiégé dans son château de la Durbellière. Nous passâmes une cruelle journée; mais sur le soir on vit tout-à-coup les braves de la veille arriver en désordre, criant: «Citoyens, au secours! les brigands nous suivent! illuminez! illuminez!» La frayeur était si grande, que le général Quétineau, qui commandait, ne put jamais établir une sentinelle à la porte de la ville. Nous commençâmes à espérer et à attendre les royalistes.

Henri, après nous avoir quittés, était arrivé à Saint-Aubin, chez, sa tante: son voyage avait été périlleux et pénible. Il laissa le chevalier de ***, et se dirigea, avec plusieurs jeunes gens des environs de Châtillon, du côté de l'armée des rebelles de l'Anjou: elle était alors vers Chollet et Chemillé. Il arriva pour être témoin d'une défaite qui fit reculer les insurgés jusqu'à Tiffauges. MM. de Bonchamps et d'Elbée, qui depuis quelques jours étaient à la tête de l'armée; Cathelineau, Stofflet et tous les autres chefs, s'accordèrent à lui dire que tout était perdu: on n'avait pas deux livres de poudre; l'armée allait se dissoudre. Henri, pénétré de douleur, s'en revint seul à Saint-Aubin. Il arriva le jour même où les bleus, sortis de Bressuire, étaient venus jusqu'aux Aubiers, et avaient dissipé un petit rassemblement qui avait voulu résister un instant. Il n'y avait encore aucun chef, aucun point de réunion dans ces cantons. Les paysans, dont les paroisses n'étaient pas occupées par les républicains, arboraient le drapeau blanc et s'en allaient joindre l'armée d'Anjou.