Cette mission de M. Bascher lui avait fait courir beaucoup de risques: il avait été poursuivi. Enfin, à travers le désordre des troupes françaises, il était parvenu jusqu'à Étauliers. Mon mari l'envoya sur-le-champ au prince, que M. d'Isle était allé retrouver.
Lord Dalhousie revint à Bordeaux pour préparer l'attaque de la citadelle de Blaye; l'amiral Penrose la bombardait déjà du côté de la rivière dont il avait forcé le passage. M. Deluc, maître de la ville, avait, dès le 13 mars, fait assurer S. A. R. de son dévouement, et avait fait de vains efforts pour décider la garnison à se rendre.
Cependant on n'était pas sans inquiétude à Bordeaux: une forte division française arrivait par Périgueux; les Anglais n'étaient pas nombreux. On ignorait que le marquis de Buckingham, avec cinq mille hommes de milice anglaise, avait demandé et obtenu de s'embarquer pour défendre Bordeaux, dès qu'on avait su l'insurrection de cette ville; le vent contraire les empêchait d'entrer dans la Gironde. On n'avait pas eu le temps de former assez de corps français; mais les royalistes redoublaient d'ardeur: l'amour pour le prince s'augmentait de la manière la plus vive. Il sortait tous les jours pour visiter les postes militaires, accompagné seulement de deux ou trois personnes, allant au pas dans les rues, et au milieu d'une foule qui, de plus en plus charmée de sa bonté et de sa confiance, ne cessait de crier: Vive le roi! vive Monseigneur le duc d'Angouléme! On était électrisé par l'idée qu'il affrontait tous les dangers pour le salut de la France, et chacun aurait donné sa vie pour lui. Le comte Etienne de Damas donnait l'exemple du dévouement: chargé de toutes les affaires de Monseigneur, il sera à jamais cher aux Bordelais, par l'affabilité et le zèle infatigable avec lesquels il y travaillait jour et nuit. On se rassurait aussi en pensant que l'insurrection de l'Ouest allait enfin éclater. Lord Dalhousie, qui montrait autant d'habileté que d'attachement au prince, avait consenti à tout ce qui pouvait faciliter ce mouvement. Le jour était fixé au 13 avril, pour le départ de M. de La Rochejaquelein; sa compagnie de volontaires voulait le suivre; on lui donnait la poudre et les armes demandées, on expédiait un aviso à Jersey pour Monseigneur le duc de Berry qui ne demandait qu'à se jeter dans la Vendée. Nous étions dans toutes ces agitations si vives de crainte et d'espérance, le 10 avril jour de Pâques, quand le courrier arriva à quatre heures. Apprenant que Paris avait reconnu le roi, et que tout était fini, l'ivresse fut générale et impossible à décrire; toute la ville se livra à l'enthousiasme du bonheur. Monseigneur le duc d'Angoulême donna à M. de La Rochejaquelein la récompense la plus flatteuse, en daignant le charger de porter à Paris ses dépêches pour Monsieur, et d'aller prendre les ordres du roi. Il arriva un instant avant Sa Majesté à Calais. Quand le duc de Duras le nomma, le roi dit: «C'est à lui que je dois le mouvement de ma bonne ville de Bordeaux,» et tendit la main à M. de La Rochejaquelein qui se jeta à ses pieds.
FIN DU SUPPLÉMENT
PIÈCES OFFICIELLES.
PROCLAMATION
Imprimée en Angleterre et distribuée le 16 mai 1815, en débarquant.
DE PAR LE ROI.
Vendéens, honneur de la France! rappelez-vous la gloire que vous avez acquise dans la guerre généreuse que vous avez soutenue pendant plusieurs années; vous êtes destinés à renverser pour jamais l'empire du crime et du mensonge, pour mettre la vertu sur le trône légitime. Le roi vous aime; il n'a pas dépendu de lui de vous mieux traiter: vous le croirez, puisque je vous le dis.
Le roi cherchait à calmer tous les partis; mais il ne vous a jamais oubliés.