Hier après-midi, à Taillebourg, entre Saintes et Saint-Jean-d'Angély, dans la Charente-Inférieure, le landau du général débouchait sur la place de l'Église, au milieu des acclamations de la foule, quand un homme s'est élancé vers le général, déchargeant sur lui cinq coups de revolver. Deux paysans, qui se tenaient contre les roues, ont été blessés. Un cheval s'est abattu sous les coups de feu. Le général, admirable de sang-froid, s'est levé droit dans la voiture, faisant signe qu'il n'était pas atteint. Mais déjà la foule en fureur se ruait sur le meurtrier. Cinq brigades de gendarmerie ont eu la plus grande peine à arracher l'homme aux mains de ceux qui l'auraient lynché sur place. Les citoyens indignés ont alors dételé le landau et se sont mis à le traìner eux-mêmes.

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

89.—Lundi 20 août.

C'est un succès complet, écrasant, sur toute la ligne. Comme il n'avait cessé de le prédire, il est élu au premier tour dans les trois départements: dans la Charente-Inférieure par 57.000 voix; dans la Somme par 76.000; dans le Nord par 142.000!

Les échecs du mois dernier sont effacés du même coup, sans qu'il en survive le moindre vestige. Son étoile apparaìt plus resplendissante que jamais.


90.—Vendredi 31 août.

Les journaux annoncent que le Général est parti pour un voyage de quelques semaines qui le conduira en Suède et Norvège et peut-être en Russie.

Je n'en crois pas un traìtre mot. Le voyage que le Général est en train d'entreprendre doit être celui-là même dont ils ont causé tous deux ici, et que le duel, ainsi que la triple élection, auront forcé de retarder jusqu'à ce moment.

Le Général a d'ailleurs joliment raison de fournir aux curieux une fausse piste. Tous les yeux vont maintenant se tourner vers la Norvège. Ils y perdront le Nord, les pauvres, tandis que lui, tranquillement, gagnera le Midi.