173.—Mercredi 5 mars.

Dieu, quelle émotion j'ai eue ce matin quand le facteur, m'annonçant une lettre recommandée, m'a tendu une enveloppe encadrée de noir sur laquelle j'ai reconnu son écriture et son cachet blasonné, à Elle! Une lettre de Mme Marguerite! Enfin!!

«Lundi 3 mars.

»Vraiment, ma bonne Meunière, vous êtes une odieuse créature et, si nous ne vous aimions pas bien, nous vous détesterions à cause de votre horrible paresse. Je vous ai écrit, il y a plus de quinze jours, en vous demandant de me répondre courrier par courrier—et je n'ai encore rien reçu. Vrai, c'est très mal à vous. Nous devrions bouder, et ne plus jamais vous écrire. Je vous demandais dans ma dernière lettre si vous pouviez venir bientôt. Dans celle-ci, je viens vous fixer le jour. Nous voudrions vous voir arriver ici le vendredi 14. Donc, pour cela, il faut que vous quittiez Royat le jeudi 13 au matin. Vous prendrez à Clermont le train express du matin qui arrive à Paris à six heures. Vous prendrez à la gare une voiture et vous vous ferez conduire de suite à la gare Montparnasse. Ne vous trompez pas: gare Montparnasse. Là, vous pourrez dìner, mais vous n'aurez pas énormément de temps devant vous, car il faut que vous preniez pour Saint-Malo le train de 8 heures 45. Le train de Saint-Malo ne se prend pas au bas de la gare, où il y a le buffet, mais bien en haut. Vous demanderez pour Jersey, y compris le bateau, un billet d'aller et retour (c'est valable un mois) et vous prendrez le train à 8 heures 45. Vous arriverez à Saint-Malo à 6 heures 45 du matin. Le bateau ne part qu'à 9 heures et demie du matin. Vous aurez donc le temps de déjeuner, mais je vous engage à vous faire conduire au bateau avant par un des omnibus que vous trouverez à la gare. Vous ferez mettre vos bagages sur le bateau et, après cela, vous pourrez faire ce que vous voudrez jusqu'à 9 heures. Vous arriverez à Jersey à midi et demi. J'espère que vous aurez une mer calme. Vous trouverez quelqu'un à votre arrivée qui vous conduira ici à l'hôtel.

»Est-ce bien compris?... Dès que vous aurez reçu cette lettre, envoyez une dépêche au nom de Mme Abadie pour nous dire si c'est convenu.

»Allons, à bientôt, ma bonne Meunière. Attendez-vous à être grondée très fort.—En attendant, nous vous embrassons encore pour cette fois.

»Vtesse de B...»

Comment, elle m'aurait écrit il y a plus de quinze jours? Oh! M. Constans, voilà encore un tour de votre façon.

Bien entendu, j'ai envoyé ma dépêche de suite. J'aurais voulu la faire longue, longue, pour leur dire et redire tout ce que j'ai sur le cœur depuis de si longs mois. Ne le pouvant, j'y ai joint une lettre où j'ai expliqué combien de fois je leur ai écrit sans recevoir aucune réponse et où je me suis enquise avec insistance de sa santé, puisqu'à diverses reprises j'ai entendu dire qu'elle était souffrante.