Il l'aime depuis dix mois! Et les journalistes bien informés qui colportent la fable de l'actrice blonde!

En se levant de table, il m'a avertie que si je voyais arriver l'un des deux amis qui avaient retenu l'appartement, je le fasse attendre en bas et je prévienne.

Ils n'ont pas eu besoin de moi l'après-midi. à huit heures du soir, l'officier de ce matin est revenu, à pied, cette fois, et en civil. Sans un mot, je l'ai fait entrer dans une petite pièce du rez-de-chaussée et je suis montée prévenir. Je les ai trouvés près de la cheminée, causant à voix basse, Lui, assis dans un grand fauteuil, près de la lampe, et Elle, assise sur ses genoux, toute pelotonnée contre Lui. Il m'a tendu deux lettres. Je les ai portées à l'officier, qui est reparti aussitôt.

Une heure après, ils m'ont appelée pour le dìner. Elle avait l'éblouissante toilette d'hier.

à peine à table, comme s'ils s'étaient donné un mot d'ordre, ils ont commencé à me parler, alors que, jusque-là, ils ne s'étaient pas du tout occupés de moi. J'étais sur mes gardes. Il s'est mis à causer politique. Je le voyais venir... Et, de fil en aiguille, le voilà qui me questionne sur le général Boulanger.

Je lui réponds comme une humble femme qui n'a jamais vu le général, mais qui est tout acquise à la cause patriotique qu'il incarne.

«Mais enfin, a-t-il répondu, en me fixant de ses yeux d'acier, comme s'il voulait me percer à jour, comment se fait-il que vous n'ayez pas eu la curiosité d'aller voir le général Boulanger de vos propres yeux?»

«Monsieur, lui ai-je dit très tranquillement, j'ai tant à faire à la maison que je ne puis jamais sortir. Pour voir le général Boulanger, il aurait fallu qu'il lui prenne fantaisie de venir jusqu'ici déjeuner ou dìner...»

Ma réponse a paru l'enchanter, ainsi qu'elle. Alors, il m'a demandé:

«Croyez-vous que le général réussira dans le but qu'il poursuit?»