20.—Mercredi 26 octobre.

Ce matin, le capitaine est revenu à cheval et m'a glissé une lettre par le même procédé.

Ils se sont levés à midi. Ils étaient, à déjeuner, habillés de même qu'hier. Elle était vraiment divine dans cette robe blanche, avec ses cheveux d'or coiffés à la vierge, son visage un peu pâle, ses yeux un peu cerclés de bleu. Il était plus amoureux, plus caressant encore si possible. Il ne pouvait se tenir en place, se précipitait à tout moment vers elle, la renversait sous ses baisers, lui murmurait à l'oreille des choses qui devaient être délicieuses, car elle défaillait de joie...

Le soir, l'officier est venu, en civil, prendre des lettres que je lui ai remises. Au dìner, elle avait la même robe de soirée que la veille et l'avant-veille, mais modifiée du tout au tout par quelques-uns de ces détails dont les femmes de goût ont seules le secret: une guirlande de roses et d'œillets retenue au corsage par des agrafes de diamants, une libellule en brillants dans les cheveux. Une reine sur son trône n'est pas plus majestueusement belle. Une reine?... Qui sait ce qu'elle sera?...

Ils m'ont dit bonsoir de la même manière affectueuse, et ils ont répété qu'ils se sentaient extrêmement bien chez moi.

Je n'avais plus parcouru les journaux depuis trois jours. Je viens de le faire. Voici ce que je lis au sujet des arrêts de rigueur infligés au général Boulanger:

«Cette peine n'emporte que la privation absolue de sortir.

»On n'exerce aucune surveillance sur l'officier aux arrêts et l'on se fie à son honneur.

»Si la violation des arrêts de rigueur était dûment constatée, ils seraient transformés en arrêts de forteresse, qui entraìnent, de ce fait, l'emprisonnement, sans préjudice de conséquences plus graves.

»Avec un homme comme le général Boulanger, cela n'est pas à craindre.