«Jeudi 8.
»Ma bonne Meunière,
»Nous avons été bien heureux de vos bonnes lettres, surtout de la dernière qui nous dit que vous êtes rassurée sur la santé de votre sœur... Nous pensons bien souvent à vous et nous avons grand désir de vous revoir. Nous vous dirions d'arriver tout de suite, si nous n'attendions pas quelques amis. D'ici une quinzaine, je vous écrirai la date à laquelle nous aimerions vous voir arriver—et nous nous en réjouissons à l'avance. Malgré l'hiver absolument rigoureux que nous avons, je ne me porte pas trop mal. Quant au général, il se porte à merveille, car il sait n'avoir jamais voulu que le bien de la France et le bonheur du peuple. Puis, il a confiance. Écrivez-nous, dites-nous ce que vous entendez dire au sujet de la politique, car il faut tout savoir, tout connaìtre.
»Nous désirons que votre mère aille le mieux possible. Nous vous souhaitons ce que vous désirez, d'autant plus que mon cœur me dit que ce que vous désirez le plus, c'est son retour en France!... C'est notre désir le plus grand, qui ne tardera pas, j'en suis sûre!...
»Nous vous embrassons bien fort, comme nous vous aimons.
»B. B.»
J'ai répondu sur-le-champ,—mais, quant à la politique, je me suis contentée d'écrire que la santé des miens m'avait préoccupée à tel point que je n'ai plus causé avec personne, ni lu aucun journal, depuis des semaines.
D'ailleurs, qu'aurais-je eu à leur dire qui pût les intéresser? Des mensonges? Je n'en ai pas le courage. La vérité? Ce serait encore pire! La Voix du Peuple n'y a rien fait: le boulangisme est bien mort, sans résurrection possible. Le regain d'actualité que lui avaient donné les scandales est lui-même tombé. Les polémiques se sont éteintes et l'on ne reparle plus du général que de loin en loin, comme d'un personnage historique dont l'aventure se voile déjà dans la brume du passé.
198.—Lundi 9 février.