Après la levée du corps à la maison mortuaire, le cortège s'est rendu à l'église Saint-Jacques-sur-Caudenberg, en traversant le boulevard du Régent, la place du Trône, la place des Palais, la place Royale, tout remplis de trophées, de mâts et de drapeaux.

Derrière le corbillard marchait le général, en habit, la plaque de grand-officier de la Légion d'honneur sur la poitrine, très droit, le front levé, mais le visage affreusement pâle et parfois convulsé par des contractions. Cinq députés boulangistes le suivaient: Castelin, Déroulède, Dumonteil, Millevoye, de Susini, et avec eux quelques fidèles du parti comme Théodore Cahu, quelques amis personnels, enfin quelques dames en grand deuil, parmi lesquelles Mme Séverine. Sur tout le parcours du cortège, le peuple, en habits de dimanche, s'écrasait.

Place Royale, devant la façade de l'église, et jusqu'au haut des marches, sous les colonnes du péristyle, il s'est produit une indigne bousculade, à l'entrée comme à la sortie.

L'absoute donnée, on est monté dans les voitures de deuil qui se sont rendues, au pas d'abord, puis au grand trot, à travers les faubourgs du Sud-Est, au cimetière d'Ixelles.

Au moment où le corps a été enfermé dans le caveau, le général n'a plus été maìtre de sa douleur. Il a été pris d'une défaillance. On a dû le soutenir.

Ce n'est encore qu'un caveau provisoire où le cercueil a été déposé, en attendant que le général lui fasse ériger une tombe définitive.

Cette dernière information m'a diminué un peu l'angoisse qui me broie le cœur, car elle me donne la certitude qu'il ne se détruira pas avant que la tombe ne soit achevée.


219.—Samedi 25 juillet.

Par le courrier du soir m'est venu un mot de lui, tracé sur sa carte: