Clermont-Ferrand
J'ai levé les yeux sur lui. Il souriait.
«Je me doutais, lui ai-je dit, que vous deviez être un officier attaché à Sa personne...»
«Comment, s'est-il écrié, vous vous doutiez de quelque chose!»
Alors, je lui ai tout raconté, comment j'ai eu, dès le premier jour, le pressentiment que l'hôte annoncé serait le général, quelle avait été ma déception quand j'avais vu un autre arriver avec la dame, comment je l'avais dévisagé, lui, le grand brun, sous sa fausse barbe noire, comment j'avais reconnu le général dès son entrée dans la chambre, et quelle contrainte j'avais dû m'imposer durant tout son séjour pour n'avoir pas l'air de le connaìtre, bien plus, pour déjouer toutes les questions qui m'étaient posées dans l'intention de me surprendre...
Il ouvrait de grands yeux étonnés, il n'en revenait pas... «Le diable m'emporte! a-t-il fini par s'écrier, si je vous aurais supposée de cette force-là!»
«Et moi, Monsieur le cachottier, pendant tout le dìner où vous avez raconté à Mme Marguerite la manière dont le général s'était échappé de Clermont, je n'ai cessé de guetter le moment où vous vous laisseriez allé à dire: «Mon général...» Tous mes compliments, mon capitaine: cela ne vous est pas arrivé une seule fois.»
Il s'est mis à rire de bon cœur, puis il m'a dit:
«Chère madame, je suis justement chargé par le général d'une commission pour vous... Comme vous le savez sans doute, ses arrêts de rigueur ont pris fin dimanche, et il est maintenant à Paris avec son autre officier d'ordonnance, mon camarade Driant. Le général m'a chargé de reprendre chez vous sa valise et il a tenu à ce que je vous déclare que vous vous êtes fait de lui un véritable ami... Il m'a chargé aussi de vous dire qu'il comptait revenir bientôt chez vous, et, enfin, de vous remettre ceci.»
En prononçant ces mots, il m'a présenté la broche que Mme Marguerite avait portée tous les jours à son peignoir: un fer à cheval en or, garni de sept perles et de deux diamants.