Tout à coup, le général a ouvert la porte en criant à son officier d'ordonnance: «Attendez-moi là! Un instant de réflexion et je reviens.»
Il s'est rendu de ce pas dans la chambre à coucher pour réfléchir... par son cerveau à Elle, comme j'ai déjà cru remarquer qu'il le faisait dès qu'il avait une décision importante à prendre. Un quart d'heure au moins s'est écoulé. Un coup de sonnette nerveux m'a appelée. Mme Marguerite était assise, le dos tourné de mon côté. Le général, les mains dans les poches, les yeux à terre, marchait à grands pas dans la chambre.
«Avez-vous des enveloppes de sûreté?» m'a-t-il demandé.
Justement j'avais ce qu'il désirait. M. le Préfet D..., qui était descendu chez moi pendant l'avant-dernière saison, avait laissé quelques-unes de ces enveloppes.
Je suis allée les chercher dans ma chambre et je les ai apportées. Elle était toujours assise de même, et il continuait à marcher en disant: «Comme vous voyez juste!... Vous avez mille fois raison, ma chère Marguerite... Laissons la guerre de côté... Je ne ferai pas cette folie... Je n'irai pas aujourd'hui!»
Il s'est mis à écrire. Le temps devait sembler long au capitaine. Je suis allée lui tenir compagnie. Je l'ai trouvé, les mains derrière le dos, en train de regarder les quelques méchants chromos dont j'ai orné (?) la salle à manger et qui ne méritent vraiment pas un instant d'attention. Notre conversation n'a pas été très nourrie, car il se retenait comme un homme préoccupé ou encore comme un homme qui ne veut pas qu'on le fasse parler...
Enfin, le général est revenu, plusieurs lettres à la main. J'ai repris mon poste dans le couloir. Au bout d'un instant, le général a reconduit son officier d'ordonnance, en répétant: «C'est cela, inutile de repasser par le quartier général... Il n'y a pas une minute à perdre!»
Le capitaine est descendu avec rapidité, le général est rentré auprès de Mme Marguerite. J'ai compris que des décisions très graves venaient d'être arrêtées. Mon Dieu! Que se passe-t-il en cette heure de crise? Ce mot de «la guerre! la guerre!» qui revenait sans cesse me glace de terreur.
J'étais en proie à ces sombres pensées. La nuit était tombée. Un coup de sonnette a retenti.
J'ouvre leur porte et je suis clouée au sol par le violent contraste provoqué entre mon état d'âme et le spectacle qui s'offre à mes yeux.