«Dans ce cas, Madame, elle doit beaucoup vous jalouser, ai-je interrompu, car cette élégance, vous la possédez au plus haut degré!»
Mme Marguerite sourit et reprit:
«J'ai fait mon possible pour me faire pardonner d'elle... Quoi qu'il en soit, un soir, elle vint me trouver, toute surexcitée, comme je ne l'avais jamais vue, et ses premiers mots, en se jetant dans mes bras, ont été: «Ma chère Marguerite, le Ministre de la Guerre accepte de dìner jeudi soir chez moi!» Ma réponse manquait d'enthousiasme: «Tu me permettras, chérie, de ne pas t'en faire mon compliment!» Cela ne l'a pas empêchée de me demander, à l'instant suivant, de lui rendre un immense service... Vous ne devineriez jamais lequel: celui d'aller dìner ce soir-là chez elle, moi, troisième et dernière convive!
»Sans aucun doute, la chère enfant n'avait plus la tête à elle... Me faire une semblable proposition, à moi, l'ennemie intime et publique tout à la fois de cet affreux ministre de la Guerre!... Vous vous doutez de ce qu'a pu être ma réponse: un refus glacial et absolu... Je ne m'en suis pas contentée, je l'ai vertement grondée de toute l'inconvenance de sa proposition: dìner, deux femmes seules, avec un homme, un étranger... Pour qui voulait-elle donc qu'il nous prenne?... Trois couverts? Quelle folie! Il fallait, ou bien en mettre davantage, ou bien n'en laisser que deux!
»Elle a paru sentir la justesse de cette observation.
»Elle a changé ses batteries...
«Tu as raison, il faut que j'invite d'autres personnes... Mais alors, si j'en ai beaucoup, dix, quinze, vingt, me rendras-tu au moins le service que je te demande? Songe donc, Marguerite, tu ne seras plus exposée à devoir lui parler, bien au contraire, tu pourras ne t'occuper que des autres invités...»
«Pendant que toi, ma chère, tu ne t'occuperas que de lui?... Désolée de ne pouvoir t'abriter en cette circonstance...»
«Alors, tu refuses même cette combinaison?»
«Formellement.»