«C'est vrai, Messieurs, le général Boulanger vient d'entrer ici: il offre à dìner, ce soir, chez moi, à six de ses amis... Entre nous, je crois que ce sont des officiers supérieurs.»

Ils sont partis, enchantés de m'avoir arraché mon secret.

Deux heures ne s'étaient pas écoulées que d'autres consommateurs sont arrivés, des journalistes ceux-là, montés exprès de Clermont pour savoir à quoi s'en tenir: ils avaient entendu raconter, au café, que le général Boulanger faisait dìner chez moi, ce soir, quantité de généraux accourus de plusieurs points de la France...

Décidément, il fallait couper les ailes au canard que j'avais laissé s'échapper de ma basse-cour.

«Messieurs, leur ai-je dit, on doit exagérer... Je ne suppose pas que ces messieurs, qui sont là-haut, soient des généraux, car ils disent tous, en s'adressant à leur amphitryon: «Mon général...»

«Oh! cela ne prouve rien!» ont-ils interrompu en chœur.

J'ai continué imperturbablement:

«Et le général leur répond: «Colonel, commandant, major...»

Ils se sont regardés, fortement déçus.

«Bah! si c'est du menu fretin, a opiné l'un d'entre eux, pas la peine d'en parler!»