Ce matin, à huit heures, j'étais à peine levée quand on est venue me prévenir qu'un agent de police en uniforme me demandait.

Je descends. Cet homme me réclame, de la part de M. le Commissaire spécial de police, mon livre des voyageurs. Je le lui remets aussitôt et il s'en va.

Bien que cette formalité se répète assez souvent au cours de la saison, j'étais sur le qui-vive. Je redoutais autre chose.

En effet, à onze heures du matin, on m'annonce que l'agent est revenu et qu'il m'attend dans la salle commune. Je me hâte de m'y rendre. Il me dit que M. le Commissaire de police me demande de passer à son bureau pour une communication importante qu'il a à me faire. Je réponds que je m'empresserai d'y aller de suite après déjeuner. Mais cet homme insiste, m'invitant à l'accompagner de ce pas, attendu que M. le Commissaire a à me parler d'urgence. Que faire? Le temps de jeter une mantille sur les épaules et je sors avec l'agent, qui a presque l'air de me conduire au poste. Nous descendons vers le parc de l'Établissement thermal, suivis par quelques regards curieux. Je me sentais tout à la fois contrariée de devoir m'absenter de la maison, à une heure où Ils pouvaient me sonner d'un moment à l'autre, et vaguement inquiète de ce qui allait se passer.

Nous voici au Commissariat de police. En me voyant entrer, M. le Commissaire se lève avec empressement et m'avance un siège le plus aimablement du monde.

«Merci, Monsieur le Commissaire, lui dis-je, je n'en ferai rien... C'est l'heure du déjeuner, et je vous serais très reconnaissante de me retenir aussi peu que possible,—à moins, toutefois, que vous ne croyiez devoir me garder tout à fait, ce que l'on aurait presque pu supposer en voyant la manière dont votre agent m'a escortée jusque chez vous...»

«Oh! le monstre! a-t-il répondu, je vais le réprimander d'importance... Il lui suffisait de vous transmettre l'invitation que je vous ai faite de bien vouloir venir... Je vous prie instamment de ne pas me garder rancune de cet excès de zèle.»

«Je vous prie, à mon tour, Monsieur le Commissaire, de ne pas gronder cet homme... Je crois que vous devez avoir besoin d'agents zélés, et même parfois zélés à l'excès...»

«à condition, Madame, que ces excès de zèle ne puissent donner aucun sujet de plainte à des personnes méritant, comme vous, toute ma confiance et toute ma sympathie... Car, enfin, votre profession fait de vous une aide précieuse à laquelle il m'est indispensable de recourir dans l'accomplissement de la tâche qui m'est confiée... Aussi ai-je l'espoir que vous voudrez bien me faciliter cette tâche en toute circonstance par la bonne volonté que vous mettez à me renseigner, aussi complètement que possible, sur les points dont j'aurai à m'informer près de vous...»

«Monsieur le Commissaire, soyez assuré de mon concours le plus dévoué.»