—Quoi, oh! Berthe! cria furieusement l’autre. Sais-tu seulement d’où qu’il te l’envoyait, son bonjour?
La lumière avait disparu. Seule, cette voix acharnée vivait dans la pièce. Fanny ne dit rien, car elle ne comprenait plus. Et le silence des quelques secondes parut interminable. Enfin, la furieuse se décida à lâcher le plus venimeux des serpents que chaque parole d’elle libérait, comme dans le conte de fées.
—Il te l’envoyait de prison, de prison, comprends-tu? Voilà où qu’il en était arrivé, et c’est là qu’il est mort, plus que probable.
Cette fois, Fanny recula, les mains en avant. Et, de l’ombre, Berthe entendit seulement sortir une plainte:
—Est-il possible, est-il possible?
Peut-être eut-elle un peu de pitié car elle n’ajouta rien sur le moment. Il n’en était pas besoin. Le mot affreux remplissait sa bouche, et leurs oreilles, et la chambre, et la maison. Le vieux logis huguenot ne le reconnut pas; et il finit par s’éteindre dans le silence et l’obscurité.
Ainsi, la voix du passé s’était fait entendre. Fanny restait confondue de cette coïncidence qui lui envoyait ce message au moment même où elle espérait commencer une vie nouvelle. Elle se disait: «C’est peut-être un signe que tout est pardonné.» Et puis, elle retombait dans un abîme en songeant à la fin misérable du pauvre prisonnier.
La nuit suivante, elle vit en rêve le soldat Vallée et le chemineau qui se confondaient en une seule personne. Et une pensée affreuse vint encore la tourmenter au réveil.
Le beau matin de juillet mettait une fraîcheur lavée de rosée au jardin, quand elle descendit. Ses yeux brûlés de larmes se caressèrent à l’ordonnance familière du jardin, à l’évasement du vallon couronné de futaies. Mais son cœur restait lourd en elle, et fatigué.
Elle n’osa pas regarder Berthe; et elles déjeunèrent en silence. Elle s’était fixé cette limite. Alors, comme sa cadette se levait, elle dit: