Elle se leva et sortit. Fanny la suivit au jardin, et, comme, perdue dans ses pensées, elle arrivait contre la petite porte de la ruelle, sa manche se prit dans la clenche de fer. Et aussitôt, ainsi qu’un décor succède à un autre, elle revit Silas Froment qui passait près d’elle, et le banc, avec toutes ces paroles précieuses qu’elle venait d’oublier. Et un peu d’espoir rentra en elle.

Ce furent quelques heures de répit. Les voix chantantes des écoliers qui lisaient en psalmodiant lui faisaient du bien. Elle sarcla une planche de carottes avec ardeur. Ensuite, elle cueillit des pois. Et, comme il arrive, le travail l’engourdissait, l’apaisait, lui donnait surtout cette illusion de rançon qu’il apporte.

Mais après le déjeuner, lorsque la longue après-midi s’allongea devant elle avec toutes ces heures interminables, marquées d’avance sur le visage rond de la pendule à gaine et à poids, elle perdit courage et, timidement elle proposa à Berthe une promenade.

Dans l’ombre chaude de la petite salle astiquée, qu’un rayon de soleil, passé en contrebande sous un volet, éclairait seul, Berthe se trouvait bien installée devant sa corbeille à raccommodage. Rien ne semblait si loin des souvenirs tragiques et des aventures de la passion que cette intimité tranquille. Elle s’étonna.

—Il fait trop chaud. Sortir? En voilà une idée!

Et puis, songeant à quelque chose, elle dit:

—Attendons quatre heures, toujours.

Et elle l’attendit, en femme trop grasse, dans un demi-sommeil, tandis que Fanny, son ouvrage tombé sur ses genoux, songeait à cette prison, à cet endroit inconnu et maudit où Vallée, le soldat, avait trouvé sa fin.

Un peu avant quatre heures, elle réveilla Berthe, qui prétendit n’avoir pas dormi, et elles sortirent tandis que les premiers écoliers passaient en criant.

Devant le portail ouvert, M. Froment se tenait dans l’exercice de ses fonctions de magister. Autour de lui, les petits gars défilaient, touchant leur coiffure ou une mèche de cheveux. Fanny le regardait de loin, et elle vit que, dès qu’il les aperçut quelque chose changea dans la sévérité de sa figure. Il pressa les gosses et se trouva seul au moment où elles passèrent.