Fanny s’était abattue sur le banc. Elle sanglota:
—C’était pas un mauvais gars. Il a écrit. Il regrettait. On peut bien se repentir.
Berthe resta un moment à court. La plus pure orthodoxie lui barrait la route. Et, tout à coup, elle trouva une réponse:
—Œil pour œil, dent pour dent! C’est ça qu’il faut dire, c’est ça!
Fanny pleurait toujours, à sanglots profonds, qui secouaient ses épaules frêles; et tout le chagrin du monde semblait abattu là sur elle.
Le soleil entrait lentement dans le jardin, repliant un à un les pétales jaunes des belles de nuit, ouvrant les petites coupes bleues et blanches des belles de jour. L’air paraissait déborder du ronron doux de la fabrique. Un beau jour d’été commençait dans la vallée.
Les sanglots de l’aînée cessèrent peu à peu. Sans la regarder, Berthe se recueillait. Et elle lâcha enfin le mot par lequel elle gouvernait la vie de sa sœur:
—Ecoute...
«Ecoute, Fanny, tu dis vrai: il faut quelqu’un qui nous conseille, un homme qui puisse, s’il le faut, tenir tête à un homme, parce que moi, ce gars-là, ça me tourne le sang de penser qu’il faut que je lui parle.
«Alors, il n’y a qu’un homme qui puisse nous aider.»