—Les neveux ne s’appellent pas toujours comme la tante! Une nombreuse famille qu’elle avait, Marthe, n’est-ce pas?
Elle regarda le gars comme pour le presser de venir à l’aide. Déjà, ils étaient complices.
—Non, fit-il avec calme. Elle n’avait «pas» qu’une sœur.
—Donnez-moi le moulin, cria Berthe. Dépêchons-nous. J’ai faim, moi!
Elle poussait la mère Laurent vers l’armoire et c’était comme si, en même temps, elle poussait ses questions hors du chemin.
En un instant, la table de chêne lavé et poli par cinq générations de Bernages fut couverte d’assiettes à coq et à roses, de bols et de cuillères. Une livre de beurre tout frais moulé y prit le milieu avec le lait fumant et le café qui finissait de passer.
Ils s’assirent tous, sauf la mère Laurent, pressée de retrouver son homme. Le gars Félix atteignit son couteau en poussant un soupir retentissant de contentement.
—On n’est pas mal ici, fit-il.
Et, coupant à la miche une énorme tranche, il entama le beurre.
Ils mangèrent sans parler, puisqu’il devenait évident que le soldat possédait la religion des repas. Fanny le regardait à la dérobée, anxieuse, troublée, un peu heureuse et très triste. Qu’il était épais et rustaud! Comme tous ceux de la vallée, elle exagérait la distance qui les sépare des paysans. Avec effort, elle détourna les yeux de lui, se contraignant à les tenir sur son assiette.