Justement, celle-ci apparaissait en haut de la côte, flanquée des deux écoles. Les voiles noirs voltigèrent un instant à la barrière derrière laquelle un beau jardin commençait à fleurir. Mais déjà les voyageuses avaient été aperçues.
Par la fenêtre ouverte, quelqu’un cria: «Entrez!» Et elles se trouvèrent à la porte du lieu officiel. La femme de l’instituteur descendait l’escalier.
—Vous venez pour la mairie, mesdames? Mon mari est absent, aujourd’hui jeudi, mais je peux vous renseigner.
Alors Fanny dit, avec difficulté, comme si c’était le commencement de son secret qu’elle dévoilait:
—Nous voudrions savoir si la vieille Marthe Leplay est encore vivante.
La femme de l’instituteur réfléchit, la tête inclinée.
—Marthe Leplay? Une vieille fille? qui demeurait dans une petite maison, la dernière là-haut? Je me rappelle, moi. Je ne l’ai pas connue longtemps, il n’y a que six ans que nous sommes à Bures et elle est morte un an après notre arrivée, je crois bien.
Ardemment les deux sœurs l’écoutaient. Personne à les voir n’eût pu deviner qu’elles n’ignoraient rien de ce qu’on croyait leur apprendre. Même elles firent «Ah!» d’un identique mouvement des lèvres, avec cette détente des traits qui marque la stupeur d’une triste nouvelle.
Les trois femmes se regardèrent un moment avec tout l’inexprimé entre elles.
—Vous la connaissiez, sans doute? demanda enfin la femme de l’instituteur.