—«Des fois, on ne sait pas sûrement s’ils sont bien morts. Ils paraissent morts, n’est-ce pas? mais le corps est tiède, les articulations souples, et ainsi, bien que pensant qu’ils sont morts, vous n’avez pas une certitude absolue. J’en ai transporté comme cela. C’est tout à fait effrayant, parce que vous ne savez pas à quel moment ils vont se lever et vous regarder en face.»
Après un autre silence, levant le coude dans la direction du cercueil:—«Mais pour lui il n’y a pas de danger. Je parierais bien qu’il est mort.»
Nous demeurâmes quelque temps sans plus parler, méditant, à écouter le vent et le bruit du train. Thompson dit alors, d’un air animé:
—«Bah! nous devons tous partir un jour, il n’y a rien à y faire. L’homme né de la femme est de peu de jours sur la terre et sa fin est prompte, dit l’Écriture. Vous avez beau réfléchir là-dessus. C’est terriblement solennel et curieux. Personne n’y changera rien. Tout un chacun doit y passer. Un jour vous êtes vaillant et fort (ici il se leva, brisa un carreau, et mit son nez dehors une ou deux minutes, puis vint se rasseoir; tandis que je me levais, et allais mettre mon nez à la même place et nous alternâmes ainsi, tout en causant) et le lendemain vous êtes fauché comme l’herbe, et les endroits qui vous ont connu ne vous connaissent plus, comme dit l’Écriture. C’est tout à fait terriblement solennel et curieux. Mais nous devons tous partir un jour ou l’autre. On n’y peut rien.»
Il y eut une autre longue pause.
—«De quoi est-il mort?»
—«Je l’ignore.»
—«Y a-t-il longtemps qu’il est mort?»
Il me parut judicieux d’élargir les faits pour rendre plus explicable ce qui se passait:
—«Deux ou trois jours.»