Sally bondit pour aller embrasser sa femme avec reconnaissance.
—Nous toucherions trois mille alors! Pense, trois mille! Et combien pourrons-nous en dépenser, Aleck? Sois généreuse, va, tu seras une si gentille petite femme!
Aleck se trouva flattée, si flattée qu’elle céda et abandonna mille dollars, ce qui, selon elle, était une folie. Sally l’embrassa une bonne douzaine de fois et n’arrivait pas à témoigner toute sa gratitude et toute sa joie. Cette nouvelle marque d’affection fit franchir à Aleck les limites de la prudence et avant qu’elle ait pu se reprendre, elle avait fait une autre concession à son heureux époux en lui accordant deux mille dollars sur les cinquante ou soixante mille qu’elle comptait retirer au bout d’une année des vingt mille restant de l’héritage. Les yeux remplis de larmes de joie, Sally s’écria:
—Oh! je veux te serrer bien fort!
Et il le fit. Il reprit ensuite son bloc-notes et se prit à marquer, pour les premiers achats, les objets qu’il désirait acheter tout d’abord: cheval, voiture, traîneau, couverture de fourrure, souliers vernis, chien, chapeau de soie, dentier...
—Dis-moi, Aleck?
—Eh bien?
—Tu fais des comptes, n’est-ce pas? Voilà qui va bien. As-tu trouvé le placement des vingt mille maintenant?
—Non. Ça ne presse pas. Il me faut chercher et réfléchir encore.
—Mais, je te vois faire des chiffres... Que combines-tu alors?