Permettez-moi de continuer. Ce qu’on a reproché le plus violemment et avec le plus de persistance à M. Rockefeller, c’est que sa fortune est abominablement souillée par ses fourberies—fourberies prouvées devant les tribunaux. Mais cela me fait sourire! Car il n’y a pas dans votre vaste cité un seul riche qui ne fasse chaque année quelques fourberies pour échapper à l’impôt. Ils sont tous fourbes et tous font de faux serments à cet égard. S’il y en a un seul qui échappe à cette règle, je désire l’acheter pour ma collection et je le payerai au prix des ichtyosaures. Direz-vous qu’il ne s’agit pas dans ce cas d’enfreindre la loi, mais simplement d’y échapper?—Consolez-vous avec cette gentille distinction, pour le moment, si vous voulez, mais plus tard, quand vous viendrez séjourner chez moi, je vous montrerai quelque chose qui vous intéressera: un plein enfer de gens qui ont simplement échappé aux lois de leur pays. Il arrive qu’un brave voleur ne vienne pas en enfer, mais ceux qui se bornent à éluder la loi, ceux-là, je les ai toujours!

Revenons-en à mes moutons. Je voudrais que vous sachiez bien que les plus fourbes des riches donnent beaucoup d’argent à l’Assistance: c’est l’argent qu’ils ont pu soustraire à l’impôt, c’est donc le salaire du péché, c’est donc mon argent, c’est donc moi qui remplis les caisses de l’Assistance... et, en fin de compte, c’est comme j’ai dit: Puisque l’on accepte mes dons, pourquoi refuser ceux de M. Rockefeller qui n’est pas plus mauvais que moi, quoi qu’en disent les tribunaux?

Satan.

LES CINQ DONS DE LA VIE

I

Au matin de la vie, la bonne fée arriva avec son panier et dit:

—Voici des dons. Prenez-en un, laissez les autres. Et soyez prudent, choisissez sagement: Oh! choisissez sagement! Car il n’y en a qu’un qui ait de la valeur.

Les dons étaient au nombre de cinq: la Renommée, l’Amour, la Richesse, les Plaisirs, la Mort. Le jeune homme répondit avec empressement:

—Il est inutile d’y réfléchir!

Et il choisit les Plaisirs.