Six mois passèrent. Le Sagamore gardait toujours un silence obstiné sur le sort de Tilbury. En attendant, Sally avait plusieurs fois tenté de «jeter une sonde», c’est-à-dire de suggérer qu’il faudrait savoir. Aleck s’était montrée tout à fait indifférente à ces suggestions. Sally résolut alors de réunir toutes ses forces et d’attaquer de front. Il proposa donc de se déguiser et d’aller au village de Tilbury pour y découvrir subrepticement quelles pouvaient être leurs espérances. Aleck s’opposa à ce projet dangereux avec beaucoup d’énergie et de décision. Elle dit à son mari:
—A quoi peux-tu bien penser? Vraiment tu ne me laisses pas respirer. Il faut te surveiller tout le temps comme un petit enfant pour l’empêcher de marcher dans les flammes. Tu resteras exactement où tu es.
—Mais voyons, Aleck! Je pourrais très bien le faire sans que personne le sache, j’en suis certain...
—Sally Foster, ne sais-tu pas que pour cela il te faudrait poser des questions sur notre parent?
—Bien sûr. Mais, et puis après? Personne ne se douterait de qui je suis.
—Ah! entendez-le. Un jour, il faudra que tu prouves aux exécuteurs que tu ne t’es jamais informé. Et alors?
Il avait oublié ce petit détail. Il ne répondit rien; il n’y avait rien à répondre.
Aleck ajouta:
—Et maintenant, sors cette idée de ta tête et n’y pense plus. Tilbury t’a préparé ce piège. Ne vois-tu pas que c’est un piège? Il est sur ses gardes et il compte bien que tu te laisseras prendre. Eh bien! il sera déçu, du moins tant que je tiendrai le gouvernail, Sally!
—Eh bien?