Le colonel était frappé de la justesse de cette logique. Il réfléchit, l’air pensif, tout en marchant de long en large.

— Il y a du vrai dans ce que vous dites et, quoiqu’il semble cruel du faire expier à un pauvre vieux diable le crime d’un de ses descendants, la justice exige que nous lui livrions cet homme.

— C’est mon avis, dit Hawkins tout guilleret, je le livrerais à la justice si les molécules de mille de ses ancêtres se trouvaient concentrées en son seul individu.

— C’est bien le cas présent, répondit Sellers avec un grognement, notre individu est précisément un composé de molécules de plusieurs ancêtres. En lui, on retrouve des atomes de prêtres, de soldats, de croisés, de poètes, de douces et tendres femmes, des atomes de toutes les professions qui ont existé depuis des siècles et disparu de notre planète ; aujourd’hui, par un effort de notre volonté, nous tirons ces atomes de leur sainte retraite et nous rendons responsable du pillage d’une banque un descendant de ces divers personnages : c’est une injustice flagrante.

— Oh ! colonel, ne parlez pas ainsi, je me sens épouvanté et honteux du rôle que je me suis proposé de…

— Attendez, j’ai trouvé un moyen.

— Quoi, tout espoir n’est pas perdu ? Parlez vite, je meurs d’impatience.

— C’est bien simple, un enfant l’aurait trouvé. Tout a bien marché jusqu’à présent, je n’ai pas à me plaindre. Puisque j’ai pu amener mon individu jusqu’au commencement du siècle, pourquoi ne continuerais-je pas et ne l’extérioriserais-je pas jusqu’à nos jours ?

— Dieu ! je n’y avais pas pensé, s’écria Hawkins, de nouveau transporté. C’est la seule chose à faire. Quel génie vous êtes…! Perdra-t-il alors le bras qu’il a de trop ?

— Certainement.