— Le croyez-vous réellement ?

— Parfaitement.

— Oh ! colonel, que la pauvreté est donc pénible, elle paralyse les plus grandes aspirations ! Nous devrions réaliser tout de suite une partie de notre individu, le détailler. Je ne serais pas d’avis de le vendre en gros, seulement quelques morceaux… Assez pour…

— Que vous êtes nerveux et agité, mon ami. C’est un manque d’expérience de votre part, mon garçon ; lorsque vous serez rompu, comme moi, aux affaires, vous changerez, allez. Regardez-moi, mes yeux sont-ils dilatés ? Tâtez mon pouls, il ne bat pas plus vite que pendant mon sommeil. Et cependant, je vois défiler, devant mon esprit calme et impassible, une procession de personnages qui rendraient fous tous les financiers. C’est en restant maître de soi, en envisageant une situation sous toutes ses faces qu’un homme voit nettement le parti qu’il peut en tirer. Tout à l’heure, voyez-vous, vous avez agi comme un novice, trop pressé d’obtenir un succès. Écoutez-moi, votre désir à vous est de vendre notre homme, argent comptant. Eh bien ! j’ai une tout autre idée, devinez ?

— Je ne sais pas, quelle est-elle ?

— Le conserver, au contraire.

— Vraiment, je n’aurais jamais pensé à cela.

— Parce que vous n’êtes pas né financier. Admettons qu’il ait commis un millier de crimes, certainement c’est une estimation des plus modestes, car, à le voir, on peut lui en attribuer un million. Pour ne pas exagérer, prenons le chiffre de cinq mille dollars de récompense par crime, cela nous donne au bas mot combien ? Cinq millions de livres.

— Attendez que je reprenne haleine.

— C’est une rente perpétuelle, car un homme de sa trempe continuera à commettre ses crimes et à nous rapporter des primes.