— Il le faut, ma chérie. Nous nous devons à notre nouvelle position, et il faut nous soumettre de bonne grâce aux exigences de notre situation.

— Eh bien ! que votre volonté soit faite ! je n’ai jamais résisté à vos désirs, et il serait trop tard pour commencer maintenant ; pourtant, cette étiquette me paraît d’une stupidité peu ordinaire.

— Je vous reconnais bien là, ma chère femme bien-aimée ! Embrassez-moi et faisons la paix encore une fois !

— Mais Gwendolen ! Ce nom ! jamais je ne m’y habituerai ? Personne ne reconnaîtra en lui, celui de Sally Sellers ; c’est un nom trop pompeux, trop cérémonieux pour elle, qui sent l’exotique à plein nez. Bref, il me déplaît souverainement.

— Elle ne s’en plaindra pas, croyez-moi, madame.

— C’est possible ; elle aime tout ce qui est romanesque, comme si elle avait vécu dans cette atmosphère. Elle ne tient certes pas de moi, cette disposition d’esprit. Aussi, pourquoi l’avoir fait élever dans cette stupide pension qui n’a fait que développer en elle ces déplorables tendances ?

— Ne croyez pas un mot de ce que vous entendez, Hawkins ! Le collège de Rowena-Ivanhoe est le plus élégant, le mieux composé du pays ; une jeune fille ne peut y entrer que si elle est riche ou si elle est en mesure de justifier quatre quartiers de noblesse. Cette pension a plutôt l’aspect d’un château que d’un collège avec ses grands murs et ses tours épaisses ; son nom lui-même, emprunté aux romans de Walter Scott, lui donne un style et un cachet royal ; les jeunes filles peuvent y avoir leurs voitures, leurs chevaux de selle, leurs domestiques en livrée…

— Et elles n’y apprennent rien, absolument rien que des mièvreries prétentieuses, indignes de notre éducation pratique américaine. Soit ! envoyez donc prévenir lady Gwendolen ; l’étiquette exige, je suppose, qu’elle revienne pleurer les parents d’Arkansas qu’elle a la douleur de perdre ?

— Un peu plus de dignité, ma chère. N’oubliez pas que noblesse oblige.

— Très bien, mon ami ; parlez-moi simplement, Rossm… Vous prétendez employer les grandes périphrases dont vous ne sortez plus ! Ne vous fâchez vas contre moi ; je ne puis perdre en un instant les habitudes de toute ma vie, Rossmore. Voyons, calmez-vous, mon cher ami. En ce qui concerne Gwendolen, qu’allez-vous faire, Washington, écrire ou télégraphier ?