— Voulez-vous briser le cœur de ce vieillard ?
— Oh ! non, certes !
— Eh bien ! attendez qu’il réclame les restes de son fils. En agissant ainsi, vous épargnerez à ce malheureux le plus affreux chagrin, la douleur de la certitude de la mort de son fils ; pour moi, il ne réclamera pas ses cendres.
— Pourquoi pas ?
— Parce qu’il s’efforcera de conserver le plus grand adoucissement à sa douleur, sous la forme d’un semblant de doute, d’un dernier espoir de voir revenir son fils un jour ou l’autre.
— Mais Polly, il apprendra sa mort par les journaux.
— Il ne les croira pas ; il conservera des illusions, se refusera à l’évidence ; cette illusion le soutiendra et lui rendra l’existence tolérable, tandis que si les restes de son infortuné fils lui sont remis, son pauvre cœur ne pourra supporter ce choc…
— Oh ! mon Dieu ! C’est vrai, ma chère Polly, vous m’avez empêché de commettre un crime, un meurtre, et je vous bénis pour cette bonne action ! Maintenant, je vois clairement mon devoir : nous garderons ces reliques, et le malheureux usurpateur ignorera ce qui s’est passé.
CHAPITRE X
Le jeune Lord Berkeley, humant l’air de la liberté à pleins poumons, se sentait prêt à embrasser sa nouvelle carrière ; et, cependant si la lutte était trop forte pour lui, si le découragement survenait, qui sait s’il aurait l’énergie de mener à bonne fin son entreprise. Il ne pouvait pas répondre de l’avenir ; le plus sûr lui paraissait de se mettre à l’abri de toute surprise en coupant les ponts derrière lui.