— Alors qui blâmeriez-vous ?
— La nation entière, la masse d’un peuple qui tolère l’infamie, l’outrage d’une noblesse héréditaire à laquelle elle n’aura jamais accès.
— Allons, vous vous perdez dans des subtilités qui ne constituent pas des distinctions.
— Non, certes ; j’y vois très clair. Si je pouvais abolir un régime aristocratique en refusant les privilèges qu’il comporte, je serais un gredin de les accepter sans chercher à renverser ce régime.
— Je crois que je commence à vous comprendre et à saisir votre idée. Vous ne blâmez pas les quelques privilégiés qui se cramponnent au bien-être des manoirs dans lesquels ils ont été élevés ; vous en voulez à la masse inepte et toute puissante d’une nation qui tolère l’existence de ces demeures ?
— C’est cela ! c’est cela ! A force de réfléchir, vous arrivez à voir clair.
— Merci !
— Ne me remerciez pas. Si vous m’en croyez, suivez mon conseil : lorsque vous retournerez dans votre pays, si vous trouvez la nation prête à abolir ces distinctions infâmes, donnez-lui un coup de main ; mais si elle n’en est pas là, et qu’il vous tombe un héritage sur la tête, ne faites pas l’imbécile… prenez-le.
Tracy lui répondit très sérieusement et avec conviction :
— Aussi vrai que je suis là, je le ferai.