—Excusez-moi un instant, mon cher, j’ai un rendez-vous, il faut que je vous quitte.
La jeune fille se leva et se dirigea vers une fenêtre d’où elle découvrait un paysage merveilleux; elle s’assit pour le contempler. A gauche on apercevait la charmante vallée de Ruana émaillée des fleurs tropicales les plus diverses aux couleurs vermeilles, et couverte de cocotiers aux formes élégantes; des citronniers et des orangers garnissaient les versants des collines et formaient une nappe de verdure très agréable à l’œil; un peu plus haut on apercevait le fameux précipice où le premier kaméhaméha bouscula ses ennemis vaincus en assurant leur destruction. En face de la fenêtre on apercevait la ville étrange; çà et là, clairsemés, des groupes pittoresques d’indigènes qui lézardaient au soleil; dans le lointain, à droite, l’océan agité secouait sa crinière floconneuse aux reflets du soleil.
Rosannah admirait ce spectacle vêtue d’une robe blanche très légère, et s’éventait avec une feuille de palmier, lorsqu’un boy canaque, le cou serré dans une vieille cravate et coiffé d’un chapeau de feutre sans fond, passa sa tête à la porte et annonça:
—Un monsieur de San-Francisco.
—Fais-le entrer, dit la jeune fille, en se redressant et en prenant un air très digne.
M. Sydney Algernon Burley se présenta dans une tenue impeccable et tiré à quatre épingles. Il se pencha légèrement en avant pour embrasser la main de la jeune fille, mais celle-ci fit un geste et lui lança un coup d’œil qui l’arrêta net.
Elle lui dit froidement:
—Comme je vous l’avais promis, je vous attendais. J’ai cru à vos déclarations et à votre insistance, je vous ai promis de fixer le jour qui doit nous unir. Je choisis le 1ᵉʳ avril à huit heures du matin; maintenant, retirez-vous!
—Oh! ma bien-aimée, quelle reconnaissance...
—Pas un mot de plus. Je ne veux plus vous voir, je ne veux plus communiquer avec vous avant ce moment-là. Ne me suppliez pas, vous perdriez votre temps.