— Nous oublions Archy Stillmann, répondirent-ils tous.
Celui-là aussi est donc un drôle de pistolet ? demanda Peterson.
— On ne peut pas vraiment dire que cet Archy Stillmann soit un phénomène, continua Ferguson, l'employé de Well-Fargo ; il me fait plutôt l'effet d'un toqué !
Ferguson avait l'air de savoir ce qu'il disait. Et comme Peterson désirait connaître tout ce qui concernait Stillmann, chacun se déclara prêt à lui raconter sa petite histoire. Ils commencèrent tous à la fois, mais Billy Stevens, le patron du bar, rappela tout le monde à l'ordre, déclarant qu'il valait mieux que chacun parlât à son tour.
Il distribua les rafraîchissements et donna la parole à Ferguson.
Celui-ci commença :
— Il faut d'abord vous dire qu'Archy n'est qu'un enfant, c'est tout ce que nous savons de lui ; on peut chercher à le sonder, mais c'est peine perdue ; on n'en peut rien tirer ; il reste complètement muet sur ses intentions et ses affaires personnelles ; il ne dit même pas d'où il est et d'où il vient. Quant à deviner la nature du mystère qu'il cache, c'est impossible, car il excelle à détourner les conversations qui le gênent. On peut supposer tout ce que l'on veut ; chacun est libre, mais à quoi cela mène-t-il ? A rien, que je sache !
Quel est, en fin de compte, son trait de caractère distinctif ? Possède-t-il une qualité spéciale ? La vue peut-être, l'ouïe, ou l'instinct ? La magie, qui sait ? Choisissez, jeunes et vieux, femmes et enfants. Les paris sont ouverts. Eh bien, je vais vous édifier sur ses aptitudes ; vous pouvez venir ici, disparaître, vous cacher, où vous voudrez, n'importe où ; près ou loin, il vous trouvera toujours et mettra la main sur vous.
— Pas possible ?
— Comme j'ai l'honneur de vous le dire. Le temps ne compte pas pour lui, l'état des éléments le laisse bien indifférent, il n'y prête aucune attention ; rien ne le dérange !