Il exhiba un morceau de gros fil de fer. La foule tendit le cou pour voir.

— Il est recouvert d'une couche de suif fondu. Et voici une bougie qui est brûlée jusqu'à moitié. L'autre moitié porte des traces d'incision sur une longueur de trois centimètres. Dans un instant, je vous dirai où j'ai trouvé ces objets. Pour le moment, je laisserai de côté les raisonnements, les arguments, les conjectures plus ou moins enchevêtrées, en un mot toute la mise en scène qui constitue le bagage du « détective », et je vous dirai, dans des termes très simples et sans détours, comment ce lamentable événement est arrivé.

Il s'arrêta un moment pour juger de l'effet produit et pour permettre à l'assistance de concentrer sur lui toute son attention.

— L'assassin, reprit-il, a eu beaucoup de peine à arrêter son plan, qui était d'ailleurs bien compris et très ingénieux ; il dénote une intelligence véritable et pas du tout un esprit faible. C'est un plan parfaitement combiné pour écarter tout soupçon de son auteur. Il a commencé par marquer des points de repère sur une bougie de trois en trois centimètres, il l'a allumée en notant le temps qu'elle mettait à brûler. Il trouva ainsi qu'il fallait trois heures pour en brûler douze centimètres. Je l'ai moi-même expérimenté là-haut pendant une demi-heure, il y a un moment de cela, pendant que M. Holmès procédait à l'enquête sur le caractère et les habitudes de Flint Buckner. J'ai donc pu relever le temps qu'il faut à une bougie pour se consumer lorsqu'elle est protégée du vent. Après son expérience, l'assassin a éteint la bougie, je crois vous l'avoir déjà dit, et il en a préparé une autre.

Il fixa cette dernière dans un bougeoir de fer-blanc. Puis, à la division correspondante à la cinquième heure, il perça un trou avec un fil de fer rougi. Je vous ai déjà montré ce fil de fer recouvert d'une mince couche de suif ; ce suif provient de la fusion de la bougie.

Avec peine, grande peine même, il grimpa à travers les ajoncs qui couvrent le talus escarpé situé derrière la maison de Flint Buckner ; il traînait derrière lui un baril vide qui avait contenu de la farine. Il le cacha à cet endroit parfaitement sûr et plaça le bougeoir à l'intérieur. Puis il mesura environ trente-cinq pieds de mèche, représentant la distance du baril à la case. Il pratiqua un trou sur le côté du baril, et voici même la grosse vrille dont il s'est servi pour cela. Il termina sa préparation macabre, et quand tout fut achevé, un bout de la mèche aboutissait à la case de Buckner, l'autre extrémité, qui portait une cavité destinée à recevoir de la poudre, était placée dans le trou de la bougie ; la position de ce trou était calculée de manière à faire sauter la hutte à une heure du matin, en admettant que cette bougie ait été allumée vers huit heures hier soir et qu'un explosif relié à cette extrémité de la mèche ait été déposé dans la case. Bien que je ne puisse le prouver, je parie que ce dispositif a été adopté à la lettre.

Camarades, le baril est là dans les ajoncs, le reste de la bougie a été retrouvé dans le bougeoir de fer-blanc ; la mèche brûlée, nous l'avons reconnue dans le trou percé à la vrille ; l'autre bout est à l'extrémité de la côte, à l'emplacement de la case détruite. J'ai retrouvé tous ces objets, il y a une heure à peine pendant que maître Sherlock Holmès se livrait à des calculs plus ou moins fantaisistes et collectionnait des reliques qui n'avaient rien à voir avec l'affaire.

Il s'arrêta. L'auditoire en profita pour reprendre haleine, et détendre ses nerfs fatigués par une attention soutenue.

— Du diable, dit Ham Sandwich, en éclatant de rire, voilà pourquoi il s'est promené seul de son côté dans les ajoncs, au lieu de relever des points et des températures avec le professeur. Voyez-vous, camarades, Archy n'est pas un imbécile.

— Ah ! non, certes...