Puis je présentai ces messieurs à Portia en déclinant leurs noms et qualités. Ils n’en parurent même pas surpris; ils me croyaient sans doute capable de consulter le «Bottin de Londres».
Ils nous firent très aimablement asseoir et redoublèrent d’empressement autour de Portia pour la mettre à l’aise.
Je pris la parole et dis:
—Messieurs, je viens vous rendre compte de mon mandat.
—Nous serons enchantés de vous entendre, reprit mon bienfaiteur, car il nous tarde de savoir qui de nous deux, mon frère Abel ou moi, a gagné son pari. Si vous me faites gagner, vous aurez tout ce qu’il est en mon pouvoir de vous donner.—Avez-vous le billet d’un million de livres?
—Le voici, Monsieur, répondis-je en le lui tendant.
—J’ai gagné, hurla-t-il, en tapant dans le dos d’Abel. Qu’en dites-vous, mon frère?
—Je dis que c’est bien le même billet, et que je perds bel et bien vingt mille livres. Je ne l’aurais jamais cru.
—Ce n’est pas tout, Messieurs, ajoutai-je: j’ai encore une très longue histoire à vous raconter. Il faut que vous me laissiez revenir pour vous narrer mes hauts faits pendant ce mois; cela en vaut la peine, je vous assure. En attendant, regardez ceci:
—Quoi? Un certificat de dépôt de deux cent mille livres; et à votre nom?