Le plus profond silence remplaça les applaudissements sur lesquels je comptais.
Force me fut donc de m’expliquer, quoique mon assurance, assez mal assise jusqu’ici, vînt de recevoir un rude choc, une douche plutôt glacée. La mort dans l’âme, j’essayais de paraître folâtre; je tentai d’attendrir ces cœurs de marbre et de dérider ces visages sévères par de légères et piquantes saillies; je tentai d’enjoliver la sinistre réalité par une anecdote badine et joyeuse; mais j’avais mal calculé mon effet. Ce n’était pas la note, oh! pas du tout! Je ne récoltai pas un sourire; pas un muscle de ces faces crispées ne se détendit; pas un glaçon de ces regards chargés de banquises ne vint à dégeler. Je tentai de nouveau un pauvre petit effort, mais le chef de la caravane m’arrêta net par ces mots:
—Où avez-vous été?
Je vis à son ton qu’il fallait cette fois ramener la question au terre-à-terre des affaires. Je commençai donc l’exposé de mes démarches, mais aussitôt il m’interrompit:
—Où sont les deux autres? Nous avons été mortellement inquiets à leur sujet.
Oh! ils vont très bien, répliquai-je. C’est ce maudit fiacre que j’avais dû chercher... Venez, je vais y aller tout droit...
—Asseyez-vous! Vous ne vous doutez pas qu’il est onze heures... Où les avez-vous laissés?
—A la pension.
—Pourquoi ne les avez-vous pas ramenés?
—Parce que nous ne pouvions pas porter leurs sacoches. Alors, j’ai réfléchi...