—Sauvé!… de quel péril? par qui? qu'en sais-tu?… Ah! tu me tranquillises pour faire de moi ce que tu veux!

—Non, je vous le jure par la lumière du Saint-Esprit, mon fils l'a caché, et il a fait cela pour vous, au risque de sa propre vie, car tous les traîtres vont périr cette nuit.

—Fedor a sauvé mon père! quelle générosité!

—Je ne suis point généreux, mademoiselle», dit le jeune homme en s'approchant pour soutenir Xenie prête à défaillir.

Fedor avait voulu accompagner sa mère jusqu'à la porte du château de Vologda où il n'avait pas osé entrer avec elle: resté à la tête du pont il s'était tenu caché à quelque distance, puis il avait suivi de loin les deux femmes pour protéger la fuite de Xenie, sans se laisser voir. Le saisissement qui troublait les sens de sa sœur le força de se montrer et de s'approcher d'elle pour la secourir. Mais celle-ci retrouva bientôt l'énergie que le danger réveille dans les âmes fortes.

«De grands événements se préparent; explique-moi ce mystère: Fedor, qu'y a-t-il?

—Il y a que les Russes sont libres et qu'ils se vengent; mais hâtez-vous de me suivre, reprit-il en la forçant d'avancer.

—Ils se vengent!… mais sur qui donc?… je n'ai fait de mal à personne, moi.

—C'est vrai, vous êtes un ange… pourtant j'ai peur que dans le premier moment on ne fasse grâce à personne. Les insensés!! ils ne voient que des ennemis dans nos anciens maîtres et dans toute leur race; l'heure du carnage est arrivée: fuyons. Si vous n'entendez pas le tocsin, c'est qu'on a défendu de sonner les cloches, parce que le glas pourrait avertir nos ennemis; d'ailleurs il ne retentit pas assez loin; on a décidé que les dernières lueurs du soleil du soir seraient le signal de l'incendie des châteaux et du massacre de tous leurs habitants.

—Ah!… tu me fais frémir!»