—J'irai avec toi, reprit la jeune fille en lui serrant le bras convulsivement; je ne te quitte plus. Tu crois donc que la vie était tout pour moi.»
En ce moment les fugitifs virent défiler devant eux à la lueur des étoiles un cortège d'ombres silencieuses et terribles. Ces figures passaient tout au plus à une centaine de pas de Xenie. Fedor s'arrêta.
«Qu'est-ce que cela? dit la jeune fille à voix basse.
—Taisez-vous, reprend Fedor encore plus bas et en se tapissant contre un mur de planches qui les abrite sous son ombre épaisse; puis quand le dernier fantôme eut traversé la route:
—C'est un détachement de nos gens qui marche en silence pour aller surprendre le château du comte ***. Nous sommes en péril ici; hâtons-nous.
—Où me conduis-tu donc?
—D'abord chez un frère de ma mère, à quatre verstes[41] de Vologda; mon vieil oncle n'a plus sa tête, c'est un innocent, il ne nous trahira pas. Là, vous changerez d'habits en toute hâte, car ceux que vous portez vous feraient reconnaître; en voici d'autres; ma mère restera près de son frère, et j'espère avant la fin de la nuit vous faire arriver à la retraite où j'ai laissé Thelenef. Aucun lieu n'est sûr dans notre malheureux canton; mais celui-là est encore le plus à l'abri des surprises.
—Tu veux me rendre à mon père, merci; mais une fois là?… dit la jeune fille avec anxiété.
—Une fois là… je vous dirai adieu.
—Jamais.