—Peut-être; mais je n'imprimerai jamais que les Russes manquent d'humanité.

—Je me trouve bien heureux de n'avoir séjourné en Russie que pendant quelques mois, car je remarque que les hommes les plus francs, les esprits les plus indépendants, lorsqu'ils ont passé plusieurs années dans ce singulier pays, croient tout le reste de leur vie qu'ils y sont encore ou qu'ils sont exposés à y retourner. Et voilà ce qui nous explique l'ignorance où nous sommes de tout ce qui s'y passe. Le vrai caractère des hommes qui habitent l'intérieur de cet immense et redoutable Empire est une énigme pour la plupart des Européens. Si tous les voyageurs, par des motifs divers, se donnent le mot pour taire, ainsi que vous le faites, les vérités désagréables qu'on peut dire à ce peuple et aux hommes qui le gouvernent, il n'y a pas de raison pour que l'Europe sache jamais à quoi s'en tenir sur cette prison modèle. Vanter les douceurs du despotisme, même lorsqu'on est hors de ses atteintes, c'est un degré de prudence qui me paraît criminel. Certes, il y a là un mystère inexplicable; si je ne l'ai pas pénétré, j'ai du moins échappé à la fascination de la peur, et c'est ce que je prouverai par la sincérité de mes narrations.»

* * * * *

En terminant ces longs récits, je crois devoir communiquer aux lecteurs une pièce que je regarde comme authentique. Il ne m'est pas permis de dire par quel moyen j'ai pu me la procurer; car bien que les faits qu'on y raconte soient maintenant du domaine de l'histoire, il serait dangereux à Pétersbourg d'avouer qu'on s'en occupe; ce serait au moins se rendre coupable d'inconvenance: c'est le mot d'ordre pour désigner prudemment les conspirations. Tout le monde sait cela, dit-on aux Russes; oui, répondent-ils, mais personne n'en a jamais entendu parler. Sous le bon et grand prince Ivan III, on montait sur l'échafaud comme intrigant; aujourd'hui un homme pourrait bien expier en Sibérie le crime d'inconvenance.

Cette pièce, traduite du russe par la personne qui me l'a procurée, est la relation de la captivité et du renvoi en Danemark.

GÉNÉALOGIE DES PRINCES ET PRINCESSES DE BRUNSWICK.

I. MICHEL ROMANOFF. Mort en 1645. | | II. ALEXIS. Mort en 1676. marié à NATALIE NARISCHKIN. | | | | III. THÉODORE ou FÉDOR III. Mort sans postérité en 1682. | | | | IV. JEAN ou IVAN V. Mort en 1696. | | | | | | CATHERINE, mariée au prince de Mecklembourg. | | | | | | | | ÉLISABETH, mariée à Antoine Ulrich de Brunswick, et morte | | | | ainsi que lui dans l'exil. | | | | | | | | | | IX. JEAN VI, détrôné, enfermé à Schlusselbourg. | | | | | Mort en 1764, à 22 ans. | | | | | | | | | | CATHERINE. Morte en 1807, à 65 ans. | | | | | | | | | | ÉLISABETH. Morte en 1782, à 39 ans. | | | | | | | | | | PIERRE. Mort en 1798, à 53 ans. | | | | | | | | | | ALEXIS. Mort en 1787, à 41 ans. | | | | | | | | | | N. B. À la mort de ces cinq princes et princesses | | | | | s'éteignit la branche de JEAN V. | | | | | | ANNE, duchesse de Courlande. Morte sans enfants en 1740. | | | | SOPHIE. Morte dans un monastère en 1704. | | | | V. PIERRE-LE-GRAND. marié à EUDOXIE LAPUCHIN. Morte en 1731. | | | | | | ALEXIS[44], marié à une princesse de | | | Brunswick. | | | | | | | | VII. PIERRE II. Mort sans postérité. | | | | | marié à CATHERINE Ire. Morte en 1727. | | | | | | ANNE, mariée à Frédéric de | | | Holstein-Gottorp. Morte en 1726. | | | | | | | | XI. PIERRE III. Mort en 1762. | | | | | | | | marié à XII. CATHERINE-LA-GRANDE. Morte | | | | en 1798. | | | | | | | | | | XIII. PAUL. Mort en 1762. | | | | | | | | | | marié à MARIE DE WURTEMBERG. | | | | | | | | | | | | XIV. ALEXANDRE. Mort en 1825. | | | | | | | | | | | | CONSTANTIN. | | | | | | | | | | | | XV. NICOLAS Ier. | | | | | | | | | | | | MICHEL. | | | | | | X. ÉLISABETH. Morte sans postérité en 1764.

LISTE DES CZARS DEPUIS JEAN IV.

JEAN IV.
THÉODORE Ier.
BORIS GODOUNOF.
THÉODORE II.
DÉMÉTRIUS V.
BASILE V.
MICHEL ROMANOFF.
ALEXIS.
THÉODORE III.
JEAN V.
PIERRE Ier.
CATHERINE Ire.
PIERRE II.
ANNE.
JEAN VI.
ÉLISABETH.
PIERRE III.
CATHERINE II.
PAUL.
ALEXANDRE.
NICOLAS Ier.

Sous le règne de Catherine II, des princes et des princesses de Brunswick, frères et sœurs d'Ivan VI, le prisonnier de Schlusselbourg. On frémit en lisant les preuves de l'abrutissement de ces malheureuses créatures chez lesquelles toutes les idées de la vie se confondent avec les habitudes de la prison, et qui pourtant sentaient leur position. Le trône auquel elles avaient droit était occupé par l'épouse de Pierre III succédant à sa victime, qui elle-même n'avait régné que par l'usurpation.