Melgunof conseilla à Élisabeth d'écrire une pétition à l'Impératrice et d'y expliquer tout ce qu'elle désirait; mais elle n'y consentit pas. Elle écrivit seulement dans sa requête «qu'elle portait à l'Impératrice une reconnaissance d'esclave pour sa grâce suprême, et surtout parce qu'elle les avait confiés au grand homme lieutenant de Sa Majesté Alexis Petrowitsch Melgunof, qu'elle osait déposer sa demande aux pieds de l'Impératrice, et qu'Alexis Petrowitsch l'informerait de ce que contenait la pétition.»
Le dernier jour du séjour de Melgunof chez les princes et princesses, comme il prenait congé d'eux, ils se mirent à pleurer; en le reconduisant ils tombèrent à ses pieds, et la jeune sœur, au nom des autres, le conjura de ne pas oublier sa requête.
VI.
Pendant ce temps, Melgunof avait fait tous les préparatifs pour exécuter les ordres qu'on lui avait donnés. Voyant l'impossibilité de construire un bâtiment sur l'Onéga, Melgunof résolut de confier l'équipement des barques au commandant général du port d'Archangel, le major général Wrangel, sans cependant lui découvrir à quoi elles étaient destinées. On eut bientôt fait une barque de rivière, et au lieu d'un vaisseau neuf, l'Impératrice permit de se servir, pour le transport de la famille de Brunswick, d'une de ses frégates arrivant à Archangel, appelée l'Étoile polaire. Le capitaine Stépanof fut choisi pour la commander; mais comme il était dangereusement malade, Melgunof prit à sa place un officier non moins fidèle et habile, l'ex-capitaine Michel Assenief, président du tribunal civil d'Yaroslaf; il était d'autant plus propre à remplir cette charge qu'il avait fait sur mer plusieurs campagnes, qu'il avait passé quatre fois le cercle polaire et connaissait le lieu où l'on devait envoyer la famille de Brunswick.
Les princes et les princesses avaient été élevés dans la religion gréco-russe, et à cause de cela on leur donna toutes les choses nécessaires pour établir une église à Gorsens; il y avait un curé et deux chantres dont les appointements équivalaient à ceux des chapelains des missions de Stockholm et de Copenhague. En même temps on adjoignit à la famille de Brunswick un médecin avec un élève.
Pour l'entretien des princes et des princesses à Gorsens, l'Impératrice leur assigna une pension à vie, savoir: à chaque frère et à chaque sœur, 3,000 roubles, et à tous ensemble 32,000 roubles par an, en comptant d'après le cours d'alors, le rouble à 50 stivers d'Hollande. Outre cela elle ordonna d'ajouter à cette somme tout ce qui serait nécessaire pour les faire voyager d'une manière convenable.
Pour qu'ils fussent particulièrement surveillés pendant la traversée, l'Impératrice ordonna au commandant de Schlusselbourg, le colonel Ziegler, et à la veuve du bailli de Livonie, Lilienfeld, avec ses deux filles, d'accompagner la famille de Brunswick jusqu'au lieu de sa destination en Norwège, et de la remettre à celui qui serait muni d'un plein pouvoir de la cour de Danemark.
Après cela il leur était permis de rentrer en Russie. On leur assigna une somme suffisante pour aller et revenir.
Melgunof choisit parmi les gens de la famille de Brunswick trois domestiques et quatre servantes; cinq de ces personnages étaient nés à Cholmogory et avaient grandi avec les princes et les princesses. Les deux autres furent choisis parmi les paysans. Ils étaient tous de bonne conduite. De cette manière tout était arrangé et approuvé par l'Impératrice; il ne restait plus qu'à trouver le moyen de ne pas effaroucher les prisonniers en leur donnant l'ordre de partir.