LETTRE LIII.

Déterville à Valcour.

Ce 13 février.

J'ai été deux fois chez toi ce matin, sans te trouver, mon cher Valcour. Je prends donc le parti de laisser une lettre à ta porte, en recommandant qu'elle te soit remise avec le plus grand empressement aussitôt que tu rentreras . . . Prends des précautions . . . Tiens- toi sur tes gardes . . . Évite d'être seul d'ici à quelque temps; le président te tend des embuches, on n'a pu encore me dire de quelle sorte sont les dangers que tu dois redouter; mais ils sont incontestablement funestes sitôt qu'un tel monstre s'en mêle; réfléchis à tous les motifs qui le guident, . . . à son caractère, . . . à ses richesses, . . . à l'impunité où ces vils frippons croyent vivre, et frémis; je vais tout employer pour te découvrir ce qu'il trame, en attendant tu dois à toi et à tes amis de prendre tes sûretés. Quand tu voudras de moi pour ton second, fais-moi dire un mot et j'accourerai . . .

Eh bien! ces scélérats séviront contre les plus légers délits, ils déshonoreront, ils flétriront, ils assassineront pour des misères les meilleurs citoyens de l'état, tandis qu'eux, qui en sont la lie, eux qui ne le servirent jamais, eux enfin qui le troublèrent ou le trahirent toujours à l'abri du glaive que leurs méprisables mains soutiennent, se rendent dignes d'en être à tout instant frappés . . .

Ô comme je suis tenté d'aller vivre avec des ours! quand je réfléchis à cette multitude d'abus dangéreux, et à cette foule d'inconséquences intolérables, et dont, avec quelques opéra comiques et des chansons, on n'a pas même l'air de se douter.

LETTRE LIV.

Valcour à Madame de Blamont.

De mon lit, ce 23 Février.

Quelle plus douce consolation pour moi, madame, que l'intérêt que vous me témoignez! Je n'ai plus ni douleur, ni inquiétude, depuis que je sais que vos larmes et celles de ma chère Aline ont daigné couler sur mes maux. J'ai voulu vous écrire moi-même pour vous prouver que je suis aussi bien qu'on peut l'être avec deux coups d'épée, ni l'un ni l'autre ne sont dangereux; l'un perce le haut de l'épaule gauche, c'est celui dont je souffre le plus; l'autre est dans les chairs du bras droit, . . . je le sens à peine . . . C'est cette même main qui vous écrit: . . . c'est elle qui va vous raconter l'événement . . . Vous pardonnerez le style et les traits; la tête qui dirige l'un, est un peu malade, et la main qui trace les autres [1] est encore bien faible.