À la page 2460, on rencontre un chapitre intitulé: les Passe-Temps du *** de S***; Restif raconte qu'il se trouvait une nuit devant une maison du faubourg Saint-Honoré: «J'entendis un bruit sourd, des cris, des coups aux fenêtres, des carreaux brisés contre les volets extérieurs. Surpris, j'écoutais. Quelques rares voisins du bout de cette rue solitaire mirent la tête à la fenêtre, mais ils ne distinguaient rien. J'allai sous un balcon où étaient un monsieur et une dame, et je leur demandai ce que signifiait le bruit que j'entendais.—Dans quelle maison?—Je la lui désignai.—Ha! je m'en doutais, dit le monsieur. Il rentra. Un demi-quart d'heure après il sortit avec trois domestiques, malgré la jeune dame qui le voulait retenir.—Le bruit a redoublé, monsieur, lui dis-je. Je reconnais cette maison. On s'y tue, on s'y assassine. Le monsieur me dit un seul mot: Voyons. Arrivé à la porte, il fit frapper à coups redoublés. Nous nous relayons pour frapper. À la fin, le *** de S*** vint ouvrir lui-même. Nous poussâmes tous la porte qu'il entrouvrait et nous l'environnâmes.—Qu'est-ce? qu'est-ce? Vous me faites violence. Mais dès qu'il eût reconnu le monsieur, il devint poli et tâcha de rire.—C'est un badinage, lui dit-il. J'ai donné une fête à de jeunes paysans que j'ai invités à venir me voir; ils sont de ma terre de ***. Ils ont un peu trop bu et ils se démènent dans la grande chambre frottée où je les ai fait mettre. Ils glissent, ils tombent.—Ce n'est pas tout, dit le monsieur, mais cela est déjà fort mal. Je ne sors pas d'ici que je n'aie délivré ces malheureux. Il faut ouvrir ou je fais enfoncer les portes. De S*** ouvrit en riant, et nous trouvâmes des jeunes garçons, des jeunes filles pêle-mêle, les uns en sang, les autres dans un état horrible par les drogues mises dans leur vin. Des filles avaient été ou trompées ou violentées par ceux qu'elles n'aimaient pas et qu'elles n'avaient pu reconnaître dans l'obscurité. Le monsieur les amena tous; on fut obligé d'en porter quelques-uns, surtout des jeunes filles. Ce trait est horrible, et j'aurais dévoré le monstre si j'avais été seul avec lui.»
Dans la 3e édition du Pied de Fanchette (1794, sous la fausse date de 1786), Restif parle indirectement de Sade: «Tels les sacripants dont le scélérat auteur de Justine nous a décrit les atroces et dégoûtants plaisirs; le désespoir et la douleur lui paraissent un assaisonnement.»
Dans le tome VI de Monsieur Nicolas, il parle, en désignant les ouvrages du marquis «des exécrables écrits publiés depuis la Révolution: J'ai voulu le prévenir, en lui montrant qu'il est encore le publicateur de la Théorie du libertinage que j'ai lue en manuscrit.»
Et dans le tome XVI du même ouvrage: «Cet homme qui allait disséquer une femme vivante... il a rêvé toutes ces horreurs dans la Bastille où il a senti les élans de sa rage contre l'esprit humain. Quel monstre qu'un homme à pareilles idées! Et c'est un noble, de la famille de la célèbre Laure de Pétrarque! C'est cet homme à longue barbe blanche qu'on porta en triomphe en le tirant de la Bastille!»
«Ô peuple aveugle, il le fallut étouffer!»
Un peu plus loin, Restif nous apprend que Sade avait composé l'horrible Théorie du libertinage dans son repaire «de Clichy où son âme atroce s'amuse de ces horreurs idéales en y joignant, dit-on, l'horrible plaisirs de faire saigner, toutes les semaines une infortunée qui lui sert de maîtresse.»
M. Paul Lacroix a réuni (Bibliographie de Restif p. 417-421), les passages relatifs au marquis, et suppose qu'ils s'étaient connus dans de mauvais lieux où l'auteur du Pornographe allait chercher les honteux matériaux de son livre.
Sade avait feint une grande sympathie pour les principes révolutionnaires. Les amis de la Révolution le repoussèrent avec horreur. Il écrivit quatre mauvais vers mis avec sa signature au bas d'un portrait de Marat:
Du vrai républicain unique et chère idole,
De ta perte, Marat, ton image console:
Qui chérit un grand homme adopte ses vertus:
Les cendres de Scévole ont fait naître Brutus.
La Revue rétrospective transcrit de la poésie d'un autre genre: ce sont des couplets chantés à Son Éminence Mgr. le cardinal Maury, archevêque de Paris, le 6 octobre 1812, à la maison de santé, près de Charenton. Fidèle à son système d'anonymie ou de pseudonymie, de Sade les avait mis sous le nom des recluses de la maison. Nous ignorons si le cardinal fut bien flatté de cet hommage. Ces couplets sont d'une platitude complète; on peut en juger par cet échantillon: