Dans une lettre, datée du 7 septembre 1816, les fiançailles de Cécile de La Tour du Pin sont annoncées, par sa sœur, Charlotte de Liedekerke Beaufort, à leur grand'tante commune, lady Henry Dillon, née Frances Trant. Certaines parties de la lettre sont intéressantes à connaître, à cause de l'appréciation qu'elle nous fournit sur la personne du fiancé, le comte Charles de Mercy-Argenteau:

Le 7 septembre 1816.

«Maman me charge, ma chère tante, de venir vous faire part d'un événement qui nous rend tous bien Vous devinez bien que je vous parle du mariage de notre Cécile. Le public vous aura sans doute déjà donné comme sûr ce qui n'avait été jusqu'ici qu'un projet, sans que rien fût décidé. Vous aurez été étonnée peut-être de notre silence là-dessus, mais vous savez bien que ces choses-là ne s'avouent que lorsqu'elles sont tout à fait décidées. On n'en aurait même pas parlé si M. d'Argenteau n'avait été forcé d'en faire part au roi[7] pour avoir son approbation, ce qui a rendu la chose publique.

«Je suis sûre que vous prendrez part au plaisir que nous cause cet heureux événement. Pour moi, je suis dans ta joie de mon cœur, de voir ma sœur mariée dans le même pays que moi et avec des terres à 6 lieues de celles[8] qui nous appartiendront un jour.

«L'homme qu'elle épouse a toutes les bonnes qualités qui peuvent rendre une femme heureuse, les plus nobles et les plus désintéressés sentiments, les manières les plus agréables, l'assurance et la fermeté que doivent avoir un mari et un protecteur, tout enfin ce qu'on peut désirer dans l'homme avec lequel on doit passer sa vie.

«Il a fait dix ans la guerre, et son caractère est pur conséquent formé, comme celui d'un homme qui a passé à travers tous les événements de la vie, qui connaît le monde, a vécu au milieu de ce qu'il avait de plus brillant, de plus séduisant, j'ajouterai même de plus corrompu, sans que ses principes ni ses sentiments en souffrissent. Ceci sont des épreuves après lesquelles on peut avoir une confiance entière dans la personne qui les a éprouvées sans y succomber.

«Vous connaissez sa famille, son frère et sa belle-sœur, qui sera pour Cécile une seconde mère, ce qui est encore un bonheur de plus, car elle ne peut pas espérer d'avoir toujours la sienne, et elle aura pourtant longtemps encore le besoin d'un chaperon, vu son extrême jeunesse.

«La fortune de Charles n'est pas considérable, mais il en a assez pourtant pour rendre heureux un mariage où elle a été la moindre considération et dont elle est le moindre avantage.

«Bien des événements nous ont prouvé, depuis vingt ans, qu'elle est peu solide et combien il est facile de la voir s'écrouler, et j'avoue que je trouve sage de n'en point faire the first point[9] dans un mariage…»

Lady Henry Dillon adressa sans tarder ses félicitations à sa nièce, la marquise de La Tour du Pin, félicitations sans doute atténuées par quelques réticences, car c'est certainement en réponse à ces félicitations que Mme de La Tour du Pin écrivit la lettre suivante à sa tante. Nous en reproduisons des extraits pour compléter les détails que la lettre de la comtesse de Liedekerke Beaufort donne sur la personne et le caractère du jeune fiancé: