Il est inutile de s'étendre ici sur ses ouvrages que tout le monde connoît. Zayde, la princesse de Clèves, la comtèsse de Tende et la princesse de Montpensier, seront lues avec plaisir aussi long-temps qu'on sera sensible à la délicatesse des sentimens, aux grâces et au naturel du style. Outre ses romans, elle avoit composé un assez grand nombre d'ouvrages historiques; mais les manuscrits se sont perdus par la négligence de l'abbé de la Fayette, son fils, qui les prêtoit à tout le monde, et ne les redemandoit pas. On n'a conservé que deux de ces écrits; l'un est intitulé: Mémoires de la cour de France, pour les années 1688 et 1689; l'autre est l'histoire de madame Henriette-Anne d'Angleterre, première femme de Monsieur.
On a encore de madame de la Fayette un portrait de madame de Sévigné, l'un des meilleurs qu'on ait faits dans ce siècle où l'on en fit tant. L'amitié retraça fidèlement les traits d'un modèle qu'elle n'avoit pas besoin d'embellir. Ce portrait a été placé dans le volume que nous publions à la suite des lettres de madame de la Fayette.
Ces lettres, qui sont au nombre de quatorze, sont adressées à cette même madame de Sévigné, dont elles ne dépareroient pas le recueil. On peut croire que, si madame de la Fayette se fût livrée davantage au commerce épistolaire, elle eût approché en ce genre du talent et de la réputation de son amie; «mais, lui écrivoit-elle un jour, le goût d'écrire m'est passé pour tout le monde; et, si j'avois un amant qui voulût de mes lettres tous les patins, je romprois avec lui.»
LETTRES
DE
MADAME DE LA FAYETTE,
A MADAME DE SÉVIGNÉ.
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LETTRE PREMIÈRE.
Paris, 30 décembre 1672
J'ai vu votre grande lettre à d'Hacqueville: je comprends fort bien tout ce que vous lui mandez sur l'évêque de Marseille; il faut que le prélat ait tort, puisque vous vous en plaignez. Je montrerai votre lettre à Langlade, et j'ai bien envie encore de la faire voir à madame du Plessis; car elle est très-prévenue en faveur de l'évêque. Les Provençaux sont des gens d'un caractère tout particulier.