»Ton affectionné et désolé père,

»ALPHONSE FRANKENSTEIN».

Genève 12 mai 17—

Clerval, qui m'avait observé pendant la lecture de cette lettre, fut surpris de voir le désespoir qui succédait à la joie que j'avais d'abord éprouvée en recevant des nouvelles de mes amis. Je jetai la lettre sur la table, et me couvris la figure de mes mains.

«Mon cher Frankenstein, s'écria Henry, lorsqu'il me vit pleurer avec amertume, seras-tu toujours malheureux? Mon cher ami, qu'est-il arrivé»?

Je lui fis signe de prendre la lettre, pendant que je parcourais la chambre dans la plus grande agitation; des pleurs coulèrent aussi des yeux de Clerval, lorsqu'il lut le récit de mon malheur.

«Mon ami, dit-il, je ne puis t'offrir aucune consolation; cette perte est irréparable. Que veux-tu faire?

»—Partir sur-le-champ pour Genève: viens avec moi, Henry, commander les chevaux».

Pendant la route, Clerval chercha à relever mon courage. Il n'employait pas les phrases communes de consolation, mais il partageait franchement ma douleur. «Pauvre Guillaume, disait-il; il dort maintenant avec son angélique mère. Ses amis sont dans le deuil et dans l'affliction; et lui, il est en paix: il ne sent plus les doigts de l'assassin: il ne connaît pas la douleur; la terre couvre ses jolies formes. Il ne peut plus être un objet de pitié; ceux qui survivent sont les plus à plaindre, et ils ne peuvent attendre de consolation que du temps. On doit mépriser ces maximes des Stoïciens, que la mort n'est pas un mal, et que l'esprit de l'homme doit être supérieur au désespoir causé par l'absence éternelle d'un objet aimé. Caton même pleurait sur le cadavre de son frère».

Clerval parlait ainsi, pendant que nous traversions les rues avec rapidité. Ses paroles s'imprégnaient dans mon cœur; et je me les rappelai ensuite quand je fus seul. En ce moment, dès que les chevaux furent arrivés, je me jetai dans une chaise, en disant adieu à mon ami.