— Des obsessions professionnelles qui me poursuivent ! s’excusa-t-il, comme sa femme lui reprochait aigrement son mutisme.
Et il continua de s’abstraire. En esprit, il suivait la lettre qui cheminait vers les Alpes.
La réponse lui parvint dans le plus bref délai, ainsi qu’il l’avait demandé. Le jour même, le docteur se rendait à Saint-Germain-en-Laye, dans la petite maison où Madeleine était revenue, lorsque la rentrée des classes avait rappelé Raymonde.
— Mme Airvault, vous vous êtes engagée à m’obéir — ou plutôt à suivre mes avis de confiance. Voici l’heure de vous exécuter. Rassemblez, sans un instant de retard, ce qui vous appartient, et dès demain vous reprendrez la route de Lézins.
Effarée, elle se récria.
— Docteur, y songez-vous ! Je ne suis plus en mesure de payer l’hospitalité du sanatorium. Les cinq mille francs donnés par M. Vielh doivent être consacrés à l’éducation de Raymonde.
— Tranquillisez-vous à cet égard. Je…
— Docteur, je crois comprendre… Non, non !… Je ne veux pas que votre générosité aille plus loin que le don de votre temps et de vos soins ! C’est déjà trop.
— Ne vous agitez pas ainsi, et ne me coupez pas la parole avant que je me sois expliqué entièrement, s’il vous plaît ! Voici l’hiver qui s’annonce. Cette maisonnette, très gentille, j’en conviens, est située en contre-bas dans un fond humide. J’appréhende pour vous les brumes perfides de la mauvaise saison. J’ai donc correspondu, à votre sujet, avec mon collègue de Lézins. Mis au courant de la situation, il a trouvé une solution ingénieuse : je viens vous la proposer. Vous vous êtes fait apprécier là-bas. On vous y verrait revenir avec plaisir. Vous êtes en état maintenant de surveiller la lingerie, la bibliothèque, l’ordonnance des salons, de causer un peu avec les pensionnaires anglais. Le docteur Aubert estime que quatre heures, chaque jour, de ces occupations, compenseraient, au delà même, les frais de votre nourriture. Le reste du temps, vous le passeriez au soleil, sur la bienheureuse chaise-longue. J’ajoute que Mlle Duluc, pressentie, consent volontiers à diminuer d’un tiers la pension d’une élève, sujet d’avenir, qui fera honneur à son institution.
— Je comprends à peine… Ou plutôt je comprends que tout le monde s’entend pour nous obliger ! murmura Madeleine, le cœur gonflé. Si j’étais fière comme autrefois, je souffrirais de me savoir… l’objet de la pitié générale. Aujourd’hui tant de bonté m’étonne… et me fait du bien… Mais je vais encore me séparer de ma fille ! Ah ! cela, c’est l’arrachement, la douleur sans nom !