— Miss Marwell ! avertit Raymonde à demi-voix. Ne dirait-on pas un Reynolds, avec ces beaux cheveux poudrés à frimas, ce profil délicat et ce collier de velours noir !

Puis, entraînant Évelyne :

— Oh ! chère miss Marwell, si vous saviez ce qui m’est arrivé dans cette courte promenade ? Des péripéties de cinéma ! Voici que le Destin amène vers moi, à l’improviste, mon amie la plus chère, Évelyne Davier.

— Fille de votre tuteur ! Oh ! je connais ! dit aimablement miss Daisy. Je me figurais bien ainsi la Clélie de ma Rosalinde ! Vous saurez que Raymonde figure en vérité pour moi la Rosalinde de notre Shakespeare.

Elle écouta, avec une affable patience, les noms précipitamment débités par Raymonde, distribuant des poignées de main aux gauches fillettes ; mais quand vint le tour de Valentin Clozel, présenté le dernier, son regard se posa, approbateur, sur le ruban de la boutonnière.

— Un soldat et un brave ! Je m’honore ! prononça-t-elle gravement.

Les mouettes, un instant négligées, revenaient effrontément à la charge.

Leur amie émietta la miche déposée sur le parapet et lança les bribes, d’une volée, à la troupe folâtre.

— Elles sont si gentilles, n’est-ce pas ? Je crois qu’elles sont appointées par la République helvétique pour égayer le Léman ! I am afraid of that, indeed ! (J’en ai peur, réellement !)

— No ! répliqua Clozel, desserrant enfin les dents. Don’t fear that ! They are too nice to be administrative ones ! (Ne craignez pas cela ! Elles sont trop jolies pour appartenir à une administration.)