— Tu connais bien, je crois, Raymonde Airvault ?
— Oh ! oui, papa ! Je jouais avec elle… dans le temps… c’est-à-dire, expliqua l’enfant avec embarras, dans le temps où Philomène m’accompagnait. Nous nous entendions toujours très bien. Et nous avons été aussi compagnes de catéchisme à Notre-Dame. C’est elle qui répondait toujours le mieux aux questions de M. l’abbé. Je la vois moins depuis… depuis que nous sommes de la paroisse Saint-Louis.
Après son mariage, le docteur avait, en effet, quitté son logement de la place Hoche pour un petit hôtel de la rue de Satory, dont les fenêtres découvraient la fraîche perspective du Potager du Roi. Il eût souhaité entourer de toutes les fleurs, de tous les rayons, la jeune déité de son nouvel amour !
Évelyne reprenait, intéressée :
— Est-ce que tu as quelque chose à me dire de Raymonde ? Tu l’as vue ? Comment va sa maman ? Et son pauvre papa ?
— Tout cela est triste ! Le chagrin plane sur cette maison.
— Oh ! papa ! Et nous sommes si heureux, nous. Ils ne manquent pas de pain tout de même, dis ?
— Non. Nous n’en sommes pas à cette extrémité. Ils sont malheureux autrement, très malheureux.
— Oh ! je vais prier à leur intention, ce soir !
— Oui, mon petit ange. Si quelque voix a chance de se faire entendre là-haut, c’est bien la tienne !