— J’espérais… toujours… que son innocence serait reconnue… J’ai été soulagé… réellement… quand on le relâcha !… Oh !… Je ne l’aurais tout de même pas laissé condamner !… Alors quand il fut mis en liberté, je me suis dit : Très bien ! Personne n’y pensera plus !
Il balbutiait ces lambeaux d’excuse, si flasque, si aplati, que sa sœur sentit l’écœurement d’une nausée.
— Mais tu n’as pas songé que cette arrestation brisait la vie de cet homme, qu’il serait ensuite exposé à mille affronts, que sa famille en souffrirait ?
Stany plissa la bouche pour une moue piteuse.
— Je n’en ai pas pensé si long !… Personne ne me parlait jamais de ces gens-là… Je me suis dit que tout allait pour le mieux de ce côté !
La réponse se retournait contre Fulvie même. Ce fut comme la pointe d’une arme qui lui frôlait le cœur.
— C’est vrai ! murmura-t-elle dans un rire amer, personne ne lui parlait de ces gens-là !
Ses jambes se dérobaient. Le docteur la fit asseoir dans un fauteuil et s’adressant à Bénary :
— Maître, Mme Davier est allée au delà de ses forces, pour arracher l’aveu décisif. Veuillez poursuivre cet interrogatoire pénible. Vous, qui soutîntes le pauvre Raymond Airvault avec tant de foi et d’ardeur, obtenez du fauteur véritable les circonstances de son méfait ! Tout doit se divulguer entièrement dans cette réunion d’amis, improvisée en tribunal privé.
— Nous tâcherons de nous y inspirer de l’esprit d’équité… encore mieux que la justice officielle ! dit gravement l’avocat, contenant son émotion. Je croyais à l’innocence de mon client. Je vous ai poussé inconsciemment, mon cher docteur, à accentuer votre témoignage — je m’en rends compte à présent — afin d’obtenir plus tôt l’ordonnance d’un non-lieu.