Fulvie, pâle comme une morte dans sa robe scintillante, s’approcha de son frère.
— Achève ce que tu as commencé… ainsi que le conseille M. Clozel. Viens ! Je t’assisterai. Je veux me rappeler seulement que j’eus la prétention de remplacer près de toi la mère qui nous manqua ! Viens !
Elle le guidait vers le cabinet du docteur. Celui-ci demeurait dans le salon, avec ses hôtes, immobile, les yeux à terre. Me Bénary, tristement affecté, vint à son ami :
— Je ne veux pas vous voir ainsi déprimé. Ah ! cher ! ne vous torturez plus la conscience. Soyez charitable envers vous-même, vous qui l’êtes envers tous !
— Charitable ? fit Davier, avec un mouvement d’épaules. Peut-être, en effet, ai-je été poussé à un altruisme plus ample, par suite de cette gêne morale dont je ne consentais pas à analyser la nature. Mais quand même, à quelle humiliation suis-je condamné ? Recevoir des éloges que je ne mérite pas !… Et par-dessus tout, endurer ce supplice : les remerciements trop exaltés, trop confiants, des deux victimes à qui mon inertie fut préjudiciable ! Voilà le mensonge tacite dont la continuité me rongera… à moins que je ne m’en décharge par un aveu.
M. Clozel lui saisit le bras dans une étreinte vigoureuse.
— Ne faites pas cela ! Ce serait une barbarie inutile ! Supportez votre malaise secret, mais ne ruinez pas, chez vos protégées, ce qui les soutint aux temps d’épreuve. Vous leur feriez un mal inouï, inguérissable ! Restez vous-même vis-à-vis de celles qui croient en vous, oui, restez ce que nous vous estimons, ce que vous êtes : un homme infiniment bon.
Trop ému pour parler, le docteur remercia ses amis d’une longue pression de main. Puis, tous trois, en silence, attendirent.
Une heure environ s’écoula. Mme Davier reparut seule, tenant un pli cacheté.
Elle comprit l’inquiétude des regards qui l’interrogeaient.